Le sac d’engrais chimique a presque triplé au Cameroun en un an. À Bertoua, l’Institut Supérieur d’Agronomie a formé, le 23 mai 2026, agriculteurs et étudiants à la production de biofertilisants à partir de ressources locales, une filière que l’IRAD et le Cirad expérimentent déjà à l’échelle nationale.
Les formateurs ont présenté les effets des fertilisants biologiques sur les sols (amélioration de la rétention en eau, apport de matière organique et modification des caractéristiques physico-chimiques des terres cultivables). Sur le plan économique, l’usage de biofertilisants réduirait la durée de pépinière du palmier à huile de douze mois à huit ou dix mois avant transplantation.
L’initiative intervient dans un contexte de hausse durable des intrants. Au Cameroun, le prix des engrais chimiques est passé de 15 000 à 40 000 FCFA le sac entre 2022 et 2023. En 2022, le pays avait importé 129 600 tonnes d’engrais, pour un coût total de 66,4 milliards de FCFA, soit une hausse de 81,6 % par rapport à 2021, selon l’Institut national de la statistique.
La filière palmier à huile, présente dans la région de l’Est, est directement concernée. En 2024, la production nationale d’huile de palme brute s’est établie à 446 984 tonnes, un volume inférieur aux besoins du marché local, avec un déficit structurel qui dépasse 500 000 tonnes par an selon l’Asroc.
Des recherches nationales sur les biofertilisants
La formation de l’ISA s’inscrit dans un mouvement de fond au niveau national. L’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) a mis au point un biofertilisant à base de biochar enrichi aux déchets azotés de mouches soldats noires, dont l’effet sur la croissance et les rendements du maïs a été testé. Cette technologie figure dans le catalogue européen des cent meilleures innovations agroenvironnementales de la région d’Afrique centrale et a été retenue par le CORAF pour le Marché des technologies et innovations agricoles (MITA) 2025.
Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) travaille également sur ce terrain. Un biofertilisant mycorhizien à base de cinq souches de champignons est en cours de déploiement au Cameroun ; il améliore l’absorption de l’eau et des nutriments par les plantes et contribue à augmenter les rendements.
À l’échelle du continent, les surfaces consacrées à l’agriculture biologique ont progressé de 24,4 % en 2023, contre une moyenne mondiale de 2,6 %, selon l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL). Le Cameroun, qui dispose d’un projet de loi sur la production biologique en cours d’examen, entend se positionner sur ce marché.
Lutricia ATOL


