Signé le 15 janvier 2009 entre le Cameroun et l’Union européenne, l’Accord de partenariat économique (APE) intérimaire avec l’Afrique centrale est entré en vigueur de manière provisoire en 2014, avant d’être rendu applicable par décret présidentiel le 4 août 2016. Seul pays de la sous-région à l’avoir ratifié, le Cameroun s’est ainsi engagé dans un cadre commercial réciproque avec l’un de ses principaux partenaires, offrant un accès à un marché de plus de 450 millions de consommateurs.
Près de dix ans après sa mise en œuvre effective, le bilan de l’APE apparaît contrasté. Le faible taux d’utilisation des préférences tarifaires témoigne d’un manque criant de maîtrise des règles d’origine, des procédures de certification et des exigences sanitaires et phytosanitaires. De nombreuses entreprises, particulièrement les PME, ignorent encore les avantages concrets de l’accord ou se heurtent à des complexités administratives et à des coûts de conformité prohibitifs.
Mieux outiller les opérateurs pour équilibrer la balance
Pour inverser cette tendance et améliorer l’utilisation des préférences tarifaires, le Programme d’appui à l’intégration régionale et à l’investissement en Afrique centrale (PAIRIAC) financé par l’Union européenne a organisé, les 29 et 30 avril 2026 à Kribi, un atelier de renforcement des capacités à l’intention des importateurs, exportateurs, producteurs et commissionnaires en douane.
« L’objectif, en plus des activités déjà réalisées auparavant, est de faire en sorte que ces opérateurs soient le mieux outillés possible, à travers des instruments techniques rendus accessibles, afin qu’ils puissent mieux produire, transformer et exporter vers l’Union européenne », a déclaré le chef de mission et coordonnateur du PAIRIAC, Dr Maximim Joseph Emagna.
Plus spécifiquement, l’atelier visait à permettre aux différentes parties prenantes de mieux comprendre les principes et critères de détermination de l’origine préférentielle dans le cadre de l’APE Cameroun-UE, de renforcer la connaissance des exportateurs camerounais sur les règles d’origine applicables à leurs produits, et d’informer les importateurs sur les preuves d’origine à obtenir auprès de leurs partenaires européens pour bénéficier du traitement préférentiel entre autres.
Cette initiative s’inscrit dans une synergie entre plusieurs administrations, dont les douanes. « La douane a compris le déficit d’appropriation qui existait sur la question des règles d’origine, avec pour conséquence des pertes de marchés pour nos entreprises », a souligné Ibrahim Mimche Ngambe, chef de la cellule de facilitation des échanges à la Direction générale des douanes (DGD).
L’Accord de partenariat économique (APE) Cameroun-UE en chiffres
Successeur des préférences non réciproques de l’accord de Cotonou, l’APE donne un accès libre et sans contingents au marché européen pour les produits camerounais. En contrepartie, le Cameroun libéralise progressivement, sur 13 à 15 ans (2016-2029), environ 75 % de ses lignes tarifaires, soit 80 % en volume de ses importations en provenance de l’UE.
Les phases de démantèlement ont concerné les intrants industriels, les équipements, puis des produits à fort rendement fiscal comme les véhicules et les matériaux de construction. Objectif affiché : stimuler les exportations, faciliter l’accès à des intrants de qualité à moindre coût et favoriser l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, tout en protégeant les secteurs sensibles.
S’agissant des exportations, les résultats sont encourageants mais modérés : les ventes camerounaises vers l’Union européenne ont progressé d’environ 33 % depuis 2016. Cette hausse est portée par le cacao transformé, les bananes, l’aluminium, le bois et les produits agricoles. L’UE reste un partenaire majeur, absorbant environ 50% des exportations camerounaises (pétrole inclus). Les importateurs européens ont davantage profité des réductions tarifaires sur les machines, véhicules et produits pharmaceutiques, renforçant la concurrence sur le marché local.
Côté importations, le démantèlement tarifaire a généré des pertes fiscales importantes : près de 20 milliards FCFA en 2022, avec des cumuls atteignant plusieurs dizaines de milliards sur plusieurs années. En 2024, 80 % des opérations d’importation sous APE ont été captées par les grandes entreprises, les PME ne bénéficiant que de 20 % des avantages.


