La mauvaise utilisation des intrants agricoles constitue l’un des défis structurels les plus préoccupants pour la santé publique, la préservation de l’environnement et la durabilité des filières agricoles en Afrique subsaharienne. Une étude récente menée auprès d’exploitations réparties dans vingt pays africains révèle qu’environ 62 % des herbicides commercialisés sur le continent ne seraient pas homologués, un chiffre qui illustre l’ampleur du marché informel des produits phytosanitaires.

C’est dans ce contexte que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) et Croplife, fédération internationale représentant l’industrie de la protection des cultures et de la biotechnologie végétale, ont uni leurs efforts pour renforcer les pratiques agricoles dans la localité de Dimako, chef-lieu du département du Haut-Nyong, dans la région de l’Est.

Les 6 et 7 mai 2026, les deux partenaires ont organisé une session de formation axée sur les bonnes pratiques agricoles, l’utilisation raisonnée des intrants, la protection des cultures et, plus spécifiquement, la lutte contre la fraude et la contrefaçon des pesticides.

Le diagnostic posé lors de l’atelier dresse un tableau préoccupant des pratiques locales : dosages inadaptés, recours à des produits contrefaits ou frappés d’interdiction, déficit chronique de formation des exploitants. Les formateurs ont notamment souligné que l’application de doses excessives ou insuffisantes, faute d’encadrement technique, génère non seulement une inefficacité des traitements, mais favorise également le développement de résistances chez les insectes ravageurs, compromettant à terme l’efficacité des solutions homologuées.

Un marché informel en expansion rapide

À Dimako comme dans d’autres bassins agricoles du pays, la diffusion des pesticides s’opère en partie hors des circuits officiels, rendant leur traçabilité et leur quantification quasi impossibles. Le marché illicite est en progression constante depuis plusieurs années, selon les acteurs locaux.

Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) confèrent à cette réalité une dimension sanitaire alarmante : bien que les pays africains n’absorbent que moins de 10 % des volumes mondiaux de pesticides importés, ils concentrent la moitié des empoisonnements accidentels recensés dans le monde et plus de 75 % des cas mortels liés à ces produits.

Face à ces enjeux, l’initiative conjointe du Minader et de Croplife à Dimako s’inscrit dans une démarche de terrain visant à substituer, progressivement, une culture de la sécurité phytosanitaire aux pratiques empiriques qui prédominent encore dans les zones rurales de la région de l’Est.

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