KMR Start-up HUB a officialisé, le 10 juin 2026 à Douala, le lancement de la suite applicative « Pyramid », à l’occasion de la 7e édition de la MboaTech Conference, consacrée au thème « Smart Cities : Cap sur la Souveraineté Numérique ». Christian Richard Essame, promoteur de KMR Start-up HUB, a présenté ce projet développé sur deux ans, pour un coût global annoncé de plus de 20 millions de francs CFA.

L’écosystème intègre trois solutions à savoir un navigateur web (Pyramid Browser), une messagerie électronique (Pyramid Mail) et une plateforme de streaming (Pyramid Play). Son architecture repose sur un stockage local des flux d’informations et des données générées, en s’appuyant sur les infrastructures de l’opérateur Camtel et sur la solution de transformation digitale ST Digital.

Selon les promoteurs, ce choix d’hébergement répond à un déséquilibre structurel. Les estimations sectorielles indiquent que l’Afrique génère ou stocke moins de 3 % des données numériques mondiales, l’essentiel des flux produits sur le continent étant hébergé sur des serveurs occidentaux soumis à des législations extraterritoriales. KMR Start-up HUB présente Pyramid comme une tentative de structurer une filière numérique locale capable de retenir la valeur de la donnée brute sur le territoire.

Une réponse à la lenteur et au coût de la connexion

Le navigateur Pyramid Browser constitue le point d’entrée de cet écosystème. Conçu prioritairement pour le marché national, il intègre un algorithme de compression de données, sur un principe d’optimisation comparable à celui qu’a popularisé Opera sur les marchés émergents.

« La connexion Internet locale est lente, et l’accès à nos données en ligne génère un temps de latence. Pyramid Browser intègre une compression de données qui permet de naviguer plus rapidement : c’est la plus-value de l’outil », explique Isaac Betote, étudiant en licence de génie logiciel à l’IUGET et développeur chez KMR Start-up HUB. Cette compression vise à réduire le coût d’accès au web pour les utilisateurs et à limiter les effets du routage international vers des serveurs distants.

Le volet streaming, Pyramid Play, vise à répondre à un autre déséquilibre : sur des plateformes comme YouTube, les vues générées en Afrique font l’objet d’une rémunération inférieure à celle des audiences européennes ou nord-américaines. « Les vues camerounaises sur YouTube ne sont pas suffisamment rémunérées, en raison de la politique appliquée aux audiences africaines. Nous sommes encore en train de développer notre propre politique sur ce point », indique Isaac Betote.

Plutôt que de cibler directement le grand public, Pyramid Play sera introduit en priorité dans les institutions universitaires, où les enseignants du supérieur seront incités à produire et monétiser des contenus éducatifs auprès des étudiants, dans le cadre d’un circuit fermé.

Un écart de moyens avec les acteurs mondiaux

L’enveloppe de 20 millions de FCFA mobilisée pour Pyramid contraste avec les budgets de recherche et développement des grands acteurs mondiaux du numérique, qui se chiffrent en milliards de dollars. Pour KMR Start-up HUB, la viabilité du projet repose moins sur le volume d’investissement que sur l’adoption progressive de l’écosystème par les usagers camerounais. « Si la génération actuelle utilise ces applications, elle transmettra cet usage aux générations suivantes, ce qui contribuera à la souveraineté numérique que nous voulons promouvoir à travers Pyramid », affirme Christian Richard Essame.

Le déploiement de la suite est progressif : Pyramid Browser et Pyramid Mail sont annoncés comme immédiatement disponibles, tandis que la politique de distribution et de gestion des droits d’auteur de Pyramid Play reste en cours de finalisation. Son adoption par l’écosystème privé et institutionnel camerounais déterminera la capacité du projet à valoriser localement la donnée numérique.

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