Le gouvernement équato-guinéen a officiellement donné le coup d’envoi d’une réforme structurelle de Guinea Ecuatorial de Telecomunicaciones Sociedad Anónima (Getesa), l’opérateur public de téléphonie mobile. La décision a été actée lors d’un conseil restreint tenu au Palais du Peuple à Malabo, présidé par le Vice-président de la République, Teodoro Nguema Obiang Mangue, en présence du Premier ministre et des ministres sectoriels concernés.
À cette occasion, le nouveau directeur général de Getesa, Charles Borome Razafimahatratra, a présenté un plan d’action immédiat et à court terme articulé autour de deux axes principaux : la modernisation technologique du réseau et l’assainissement de la gestion financière de l’entreprise.
Sur le plan technique, le plan prévoit l’optimisation du réseau national, l’extension de la couverture téléphonique et internet sur l’ensemble du territoire, ainsi que la digitalisation des infrastructures de fibre optique. L’acquisition d’équipements de nouvelle génération et le déploiement du système d’identification biométrique KYC, désormais obligatoire, figurent parmi les priorités immédiates. À plus long terme, Getesa ambitionne l’introduction de la 5G, le déploiement de réseaux Wi-Fi publics dans les principales agglomérations (Malabo, Bata et Oyala) et le renforcement des infrastructures énergétiques.
Sur le volet financier, la direction entend rompre avec les pratiques qui ont fragilisé l’entreprise : suppression des ventes à crédit, paiements immédiats systématiques, renforcement du contrôle interne et lutte active contre la fraude. Parmi les mesures phares figure le lancement de Getesa Money, une solution de paiement électronique mobile, ainsi que la réactivation du roaming international, l’introduction de l’eSIM et l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus opérationnels. La transition vers un modèle « zéro papier » viendra compléter ce dispositif. Le plan complet est attendu pleinement opérationnel d’ici douze mois.
Un secteur stratégique sous pression
Cette réforme intervient dans un contexte économique qui confère au secteur des télécoms une importance croissante. La Guinée Équatoriale, dont l’économie reste très largement tributaire des recettes pétrolières, est confrontée depuis plusieurs années au déclin de sa production d’hydrocarbures. Le développement des services numériques est désormais présenté comme un levier incontournable pour accélérer la diversification de l’économie nationale, conformément aux objectifs fixés par l’Agenda Guinée Équatoriale 2035.
Getesa traînait par ailleurs le poids de dysfonctionnements chroniques : réseaux vieillissants, couverture territoriale inégale, qualité de service insuffisante et une gestion marquée par la fraude et l’accumulation de créances clients. Si le taux de pénétration mobile est globalement élevé dans le pays, l’accès à l’internet haut débit demeure très limité pour une large part de la population.
La réforme est directement conduite par les plus hautes instances de l’État : la Vice-présidence, le ministère des Télécommunications et le ministère des Finances en assurent la coordination. Elle s’inscrit dans le cadre plus large d’un vaste chantier de restructuration des entreprises publiques, engagé sous l’impulsion du Fonds monétaire international (FMI), avec lequel Malabo maintient un dialogue économique actif.
Actionnaire unique de Getesa depuis le rachat des parts détenues par Orange en 2018, l’État équato-guinéen entend désormais clarifier les perspectives à moyen terme de l’opérateur. Des spéculations sur une éventuelle privatisation partielle ou une introduction en bourse via la Bourse des Valeurs Mobilières d’Afrique Centrale (BVMAC) circulent depuis 2022, sans qu’aucun calendrier précis n’ait été arrêté à ce jour. La réforme en cours devrait lever progressivement ces incertitudes et renforcer l’attractivité du secteur auprès des investisseurs étrangers, dans un marché encore étroit, estimé entre 800 000 et un million de connexions mobiles actives.
Fondée en 1987 sous forme de joint-venture entre l’État équato-guinéen (60 %) et France Télécom-Orange (40 %), Getesa est l’opérateur historique du pays. Elle gère le principal réseau mobile national, hérité de l’ancienne filiale Orange, ainsi que les services de téléphonie fixe et d’accès à internet.
