Le marché boursier d’Afrique Centrale refuse de céder au compromis en ce début de semaine. La séance de cotation de la BVMAC s’est soldée par une absence totale de transactions sur l’ensemble de ses quatorze émetteurs, maintenant la capitalisation boursière globale à un niveau statique de 1 686 milliards de francs CFA. Ce statu quo rigide met en lumière le principal défi de la place financière de Douala, à savoir l’incapacité chronique des acheteurs et des vendeurs à s’accorder sur la juste valeur des actifs en l’absence de mécanismes d’animation de marché.
Cette journée blanche ne traduit pas, pour l’investisseur particulier de la région, un désintérêt pour les valeurs régionales, mais bien un bras de fer psychologique et technique. Le carnet d’ordres révèle une accumulation d’intentions qui ne parviennent pas à s’exécuter en raison d’écarts de prix trop importants. Sur le titre de la Société Africaine Forestière et Agricole du Cameroun, les courtiers ont vu s’opposer une faible demande de huit actions face à une pression vendeuse de 365 titres, sans qu’aucun terrain d’entente ne soit trouvé. Le scénario est identique pour la multinationale bancaire BGFI Holding Corporation, récemment introduite à la cote, où six intentions d’achat font face à un bloc de 308 actions proposées à la vente.
Les vendeurs, majoritairement constitués de grands institutionnels régionaux, protègent jalousement leurs positions et refusent de brader leurs lignes, tandis que les acquéreurs potentiels, conscients de la rareté du numéraire, tentent d’imposer une décote. Cette déconnexion paralyse également les autres fleurons de la cote à l’instar de la Société Camerounaise de Palmeraies ou de La Régionale Épargne et Crédit, dont les carnets d’ordres restent encombrés d’offres de vente massives, respectivement 441 et 416 titres, sans la moindre contrepartie acheteuse à l’horizon.
Le compartiment obligataire, habituellement plus lourd mais régulier, n’a pas non plus réussi à inverser la tendance de cette première séance hebdomadaire. L’encours global des dettes souveraines et privées stagne ainsi à un peu plus de 1 491 milliards de francs CFA. Une timide animation a été esquissée sur la ligne étatique camerounaise à 6,25% de maturité 2029 avec un ordre d’achat portant sur 1 000 titres, resté lettre morte face à un marché obligataire secondaire totalement asséché par la pratique du placement à long terme.
Pendant ce temps, la vitalité financière de la zone CEMAC s’exprime de manière beaucoup plus fluide à travers les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières. Les Fonds Communs de Placements affichent des trajectoires ascendantes qui contrastent vivement avec la rigidité du marché des actions en direct. Des structures de gestion de portefeuille comme Africa Bright Asset Management et Harvest Asset Management continuent de capter l’épargne régionale grâce à des fonds diversifiés et monétaires dont les valeurs liquidatives progressent régulièrement, offrant aux épargnants locaux une alternative liquide et performante face au blocage technique de la cote officielle.
Cette absence de convergence des prix rappelle l’urgence d’une réforme des règles de marché à la BVMAC. Tant que la place boursière régionale ne disposera pas de teneurs de marché officiels pour fluidifier les carnets et réduire les écarts entre les cours demandés et offerts, l’investisseur moyen devra s’armer de patience ou se tourner vers la gestion collective pour voir fructifier son capital.


