Le président de la République, Paul Biya, a signé le 4 mai 2026 une série de décrets autorisant le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, à conclure des conventions de prêts avec des banques étrangères en vue du financement de huit projets d’investissement public.
Trois établissements bancaires européens sont impliqués dans ce montage. Auprès de Belfius Banque (Belgique), le Cameroun contractera un prêt de 8,678 milliards de FCFA destiné à l’achèvement du projet d’alimentation en eau potable du port de Kribi.
Auprès d’Unicredit Bank Austria AG, avec la garantie de l’Oesterreichische Kontrollbank (OeKB), deux concours sont prévus : 6,559 milliards de FCFA pour la construction d’un centre de formation aux métiers à Ntui, et 3,935 milliards de FCFA en financement complémentaire du programme de gestion des déchets hospitaliers dangereux.
La part la plus importante du dispositif est mobilisée auprès de la Deutsche Bank d’Espagne, à travers quatre opérations distinctes : 7,018 milliards de FCFA pour l’acquisition de deux bateaux de pêche et le réaménagement du débarcadère de Youpwé à Douala ; 5,681 milliards de FCFA pour la construction et la mise en service de trois fermes porcines à Koundén, Bali et Kaélé ; 10,475 milliards de FCFA pour la construction d’un abattoir industriel à Maroua ; et 10,963 milliards de FCFA pour l’édification d’un centre de production de semence bovine à Ngaoundéré, assorti de trois centres relais à Lougguéré, Dogba et Jakiri.
Une communication jugée insuffisante
La discrétion qui a entouré la publication de ces décrets n’a pas manqué de susciter des interrogations dans les milieux financiers. « L’accent mis sur les décrets relatifs à la Socadel, et notamment la question du changement de dénomination d’Eneo, a largement saturé l’espace médiatique, laissant dans l’ombre des décisions aux conséquences budgétaires autrement plus lourdes », observe Ange Ngandjo, banquier-consultant. Ce dernier y voit une stratégie délibérée de détournement de l’attention publique, un procédé qu’il qualifie d’« écran de fumée », classique dans la communication politique, consistant à amplifier un sujet polémique pour masquer des arbitrages sensibles.
Ces nouveaux engagements viennent alourdir un stock de dette publique déjà sous surveillance, dans un contexte où le Cameroun poursuit ses efforts de consolidation budgétaire sous l’égide du programme avec le Fonds monétaire international.


