Le premier Conseil d’administration de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL) s’est réuni le 5 mai 2026 à Yaoundé, soit 24 heures après de la signature du décret N° 2026/163 portant transformation d’ENEO Cameroon S.A. en société à capital public. À l’issue de cette séance, les administrateurs ont désigné Oumarou Hamadjoda au poste de Directeur général. Il devient ainsi le premier patron camerounais à la tête d’un opérateur électrique national depuis la privatisation de SONEL en 2001.
La nouvelle société reprend l’ensemble des effectifs et personnels qui étaient sous contrat avec ENEO, ainsi que la convention de concession de son prédécesseur, couvrant la production, la distribution et la vente d’énergie électrique sur le territoire national.
La nomination d’Oumarou Hamadjoda s’inscrit dans une logique de continuité opérationnelle. Directeur général adjoint d’ENEO Cameroon depuis plusieurs années, il est l’un des rares cadres à avoir traversé les différentes phases de la gouvernance de l’entreprise, du passage d’AES à Actis jusqu’à la reprise en main par l’État. Sa connaissance de l’organisation interne, des relations avec les producteurs indépendants (Nachtigal, Kribi, Memve’ele) et des tensions de trésorerie structurelles de l’entreprise constitue le socle de cette désignation.
Un parcours entre université et secteur de l’énergie
Oumarou Hamadjoda est né en 1964 à Kodek, localité proche de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord. Il est titulaire d’un Master of Sciences en hydropower plants engineering and hydraulic structures et d’un PhD en hydropower plants and hydroelectric devices, obtenus respectivement en 1993 et 1996 dans des universités russes. Dès 1992, à Moscou, il participe comme consultant à des projets énergétiques d’envergure, dont le Programme d’assistance technique dans le domaine de l’énergie aux pays de l’ex-URSS, pour le compte du directorat général de l’énergie de l’Union européenne.
De retour au Cameroun en 1998, il entame sa carrière comme chargé de cours à l’université de Ngaoundéré, puis à l’université de Yaoundé I, à l’École Nationale Supérieure Polytechnique. Ce passage dans les amphithéâtres lui ouvre les portes du Secrétariat général de la Présidence de la République, où il est attaché à la division des Affaires économiques, et lui vaut la fonction de représentant de l’État au Conseil d’administration d’Electricity Development Corporation (EDC). Son parcours comprend également des passages à l’IFC International Finance et à l’Institut Hydroproject, ainsi qu’une formation à la Harvard Business School.
Oumarou Hamadjoda se retrouve ainsi à la tête d’une structure dont les statuts restent à finaliser, et dont l’actionnariat, aujourd’hui détenu à 95 % par l’État, pourra être ouvert à d’autres entités publiques ou privées selon les dispositions du décret fondateur. Le FMI, dans ses récentes évaluations, alerte sur le coût budgétaire de cette reprise en main, soulignant que le maintien de tarifs administrés en dessous du seuil de rentabilité impose au Trésor des compensations financières récurrentes. La question de l’ajustement tarifaire et du désendettement figure au centre des dossiers que le nouveau Directeur général devra arbitrer en priorité.
