Près de deux décennies après les premières annonces et études techniques, le tronçon Bigambo-Grand Zambi attend toujours sa métamorphose. Pourtant, ce segment de 45 km représente le maillon essentiel de l’axe Yaoundé-Kribi via Olama. Pour les habitants et les opérateurs économiques du département de l’Océan (Sud-Cameroun), chaque saison des pluies agit comme un cruel rappel de cette urgence.

Dans les bassins de production de Tyango, Ebimimbang ou Nsola, le quotidien est rythmé par l’incertitude. Des véhicules lourdement chargés de vivres restent immobilisés durant des semaines dans des bourbiers géants, paralysant l’activité des agriculteurs.

Anne-Marie Bigouer, retraitée reconvertie en « bayam-sellam » au marché de Dombè à Kribi, vit ces difficultés au premier plan. Elle déplore un gâchis économique récurrent : « des cargaisons entières de féculents (banane-plantain, manioc et macabo) finissent parfois à la poubelle au bout de quelques jours, faute de pouvoir être écoulées à temps ». Résultat, les paysans, pourtant piliers de l’économie locale, ne parviennent pas à jouir du fruit de leur labeur.

Un enclavement persistant

Même en saison sèche, la circulation des personnes et des biens demeure un défi. Entre Bigambo (arrondissement de Lolodorf) et Bidjocka (Bipindi), la redoutable colline de Mbikiliki continue de dicter sa loi aux usagers.

Inscrit dans le corridor Olama-Kribi (environ 246 km), le tronçon Bigambo-Grand Zambi (45 km) est la dernière section non bitumée. Elle sépare deux portions déjà opérationnelles : Olama-Bigambo (livrée en 2022) et Grand Zambi-Kribi. Cet enclavement freine non seulement l’accès au port en eau profonde de Kribi, mais aussi l’évacuation du fer issu de la mine de Grand Zambi

Un chantier aux multiples rebondissements

Lancé dans les années 2010 grâce à des financements croisés (Banque Africaine de Développement, Fonds d’Abu Dhabi, Fonds Koweitien et État du Cameroun), le projet global a progressé de manière inégale. Si les axes Yaoundé-Olama et Olama-Bigambo sont aujourd’hui des réalités, la section Bigambo-Grand Zambi a vu ses échéances systématiquement repoussées, de 2021 à 2023, sans concrétisation effective.

Toutefois, entre 2024 et 2025, le Ministère des Travaux Publics (MINTP) a relancé la machine. Un appel d’offres international a été émis en septembre 2024 pour des travaux estimés à 51 milliards FCFA. En décembre 2024, 15 entreprises ont déposé leurs offres, tandis que la maîtrise d’œuvre a été confiée au groupement AEC/ECTA BT/INTEGC/DAR. En février 2025, le Fonds Koweitien a réitéré son plein soutien financier au projet.

Vers le bout du tunnel ?

L’année 2026 pourrait enfin marquer le tournant décisif. Dans le journal des projets de l’exercice budgétaire 2026, l’État a provisionné une enveloppe de 2 milliards FCFA au titre de sa contribution pour la construction de la route Olama-Kribi (N22).

Cette quote-part témoigne de la volonté gouvernementale de parachever cet axe stratégique. Sur le terrain, les travaux s’annoncent d’envergure : outre le bitumage, le projet prévoit la construction d’un viaduc de 119 mètres, de sept ponts de moyenne importance et de divers aménagements connexes pour désenclaver définitivement la zone.

Landry TYAGA

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