À la date du 6 mai 2026, le kilogramme de fèves de cacao se négocie entre 1 550 et 1 650 FCFA sur le marché camerounais, selon le Système d’information des filières (SIF). Après des semaines de stagnation autour de 1 300 FCFA, ce rebond technique permet de franchir à nouveau le seuil des 1 500 FCFA, un repère symbolique pour les planteurs. La bouffée d’oxygène reste cependant de courte durée si l’on replace cette hausse dans son contexte.

Le contraste avec la campagne précédente est saisissant. En 2024-2025, les cours avaient culminé à 5 400 FCFA le kilogramme, au lendemain d’un pic absolu de 6 000 FCFA enregistré lors de la campagne 2023-2024, des niveaux historiques portés par trois années consécutives de déficits de l’offre mondiale. Les autorités camerounaises tablaient sur un maintien des prix dans une fourchette de 3 200 à 5 400 FCFA pour le cycle en cours. La réalité du terrain s’avère bien plus sévère.

L’excédent mondial plombe les cours

L’Organisation internationale du cacao (ICCO) anticipe un retournement de l’offre globale après plusieurs saisons déficitaires. Cet excédent projeté pèse sur les carnets de commandes et tire les prix vers le bas, et les producteurs camerounais en subissent de plein fouet les effets.

La fin de la campagne, fixée au 15 juillet prochain, sera déterminante pour les revenus des ménages ruraux. Dans ce contexte de baisse généralisée, les intermédiaires tendent à accentuer la décote à l’achat sur le terrain, réduisant encore la marge nette des planteurs.

Face à l’abondance attendue sur les marchés mondiaux, les coopératives locales disposent d’un levier : la qualité supérieure des fèves camerounaises, susceptible de maintenir une prime par rapport aux cours de référence des bourses de Londres et de New York. Mais cela ne suffit pas à protéger durablement la filière des cycles de surproduction.

Le vrai bouclier reste la transformation locale : sans montée en puissance de la capacité industrielle nationale, le Cameroun demeurera structurellement exposé aux retournements des marchés internationaux. La légère embellie de mai ne dispense pas d’une réforme de fond du financement de la filière.

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