La séance de cotation du mercredi 3 juin 2026 s’est soldée à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale par une absence totale de transactions sur l’ensemble des compartiments de la bourse. Une capitalisation boursière globale figée au franc près à 1 709 545 705 600 FCFA. Aucun titre échangé. À première vue, le rideau est tombé sur une journée blanche sur la place boursière unifiée de la CEMAC. Le thermomètre du marché, le BVMAC All Share Index, est resté de marbre à 1 130,81 points. Pourtant, les serveurs des sociétés de bourse ont tourné à plein régime. Derrière cette léthargie de façade se livre un véritable bras de fer psychologique où la liquidité du marché régional se retrouve temporairement prise en otage par des anticipations divergentes.
C’est sur le titre BGFI Holding Corporation que la tension est la plus palpable. Introduite à la cote le 7 mai 2026, la valeur bancaire fait l’objet d’une intense convoitise. Le carnet d’ordres affiche une demande massive de 2 117 actions à l’achat. Face à cet appétit aiguisé, l’offre est squelettique, avec seulement 120 titres disponibles à la vente. À 82 000 FCFA le titre, le cours de clôture théorique n’a pas bougé d’un iota, faute d’un consensus tarifaire entre les deux parties. Les acheteurs campent sur leurs positions, refusant de surpayer, tandis que les détenteurs de titres BGFI surévaluent leur prime de sortie.
Cette discipline de fer des donneurs d’ordres se retrouve, inversée, sur les valeurs de l’agro-industrie camerounaise. Traditionnels moteurs de la cote, la Socapalm et Safacam subissent un net reflux de la demande. Le carnet recense 1 530 actions Socapalm offertes à la vente contre une demande dérisoire de 11 unités, maintenant le cours à 55 000 FCFA. Même tendance pour Safacam où 305 titres cherchent désespérément preneurs face à 77 ordres d’achat à 33 000 FCFA. L’explication directe de cette situation est la suivante : les prix proposés par les acheteurs restent inférieurs aux exigences des vendeurs.
Sur le marché obligataire, le constat d’attentisme est identique. L’encours global des dettes reste ancré à 1 444,93 milliards de FCFA. Les lignes souveraines et privées souffrent du même assèchement des contreparties. À titre d’exemple, la ligne d’obligation privée Alios Finance (AFC05) concentre à elle seule une offre de 17 700 titres à la vente à 100% du nominal, restée totalement lettre morte en l’absence du moindre acheteur.
Ce statu quo généralisé met en exergue le défi structurel de la BVMAC qui n’est nul autre que l’animation de sa liquidité au quotidien. En l’absence de teneurs de marché capables d’injecter des capitaux pour fluidifier les positions et rapprocher les spreads, le marché se résigne à des séances de confrontation pure. Tant que l’un des deux camps ne fera pas de concession sur le prix, la cote centrale continuera de tourner à vide.


