L’euphorie des premiers fixings laisse place à une phase de sédimentation sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale. La séance du lundi 11 mai s’est soldée par une activité minimale, cantonnée à un volume de transactions de 3,7 millions de FCFA, portée quasi exclusivement par les valeurs agro-industrielles camerounaises Safacam et Socapalm et le réassureur gabonais SCG-Ré. Pendant ce temps, le poids lourd du marché, BGFI Holding Corporation, qui pèse désormais 38 % de la capitalisation globale, demeure immobile. Cette inertie ne traduit pas un désintérêt des investisseurs, mais bien une volonté de conservation des titres qui commence à gripper les mécanismes de fluidité du marché secondaire.
L’analyse détaillée du carnet d’ordres montre que onze ordres d’achat restent en souffrance sur le titre BHC, sans qu’aucune action ne soit proposée à la vente. Ce phénomène de rétention, typique des marchés frontières où l’action est perçue comme un actif de rente plutôt que comme un instrument de spéculation, empêche le cours de poursuivre sa progression théorique. En refusant de céder leurs parts malgré une plus-value latente de 2,50 % par rapport au prix d’introduction de 80 000 FCFA, les 7 600 nouveaux actionnaires transforment la valeur en un « coffre-fort » financier. Cette situation de pénurie organisée par le marché lui-même maintient l’indice BVMAC All Share Index à un niveau stationnaire de 1 094,23 points, illustrant une absence de volatilité qui tranche avec l’agitation des semaines de souscription.
Sur le front obligataire, le constat est identique avec une séance blanche qui laisse l’encours des dettes stable à 1 385 milliards de FCFA. Les investisseurs institutionnels, principaux détenteurs des lignes souveraines du Cameroun et du Gabon, conservent leurs titres pour garantir leurs rendements fixes, laissant le marché secondaire orphelin de mouvements significatifs. Cette stagnation contrastée par rapport à l’activité des OPCVM, dont certains fonds comme AB Avenir ou FCP AB Cash affichent des progressions de valeur liquidative allant jusqu’à 30 % depuis leur création, souligne la fracture entre la gestion collective dynamique et l’investissement direct prudent.
Alors que la SCG-Ré parvient à maintenir un flux de transactions symbolique avec trois actions échangées, le secteur bancaire entre dans une zone de turbulences techniques liées à son propre succès. Le défi pour les sociétés de bourse consiste désormais à convaincre les détenteurs de titres BGFI de libérer une partie de leur flottant pour permettre au marché de respirer et d’éviter une sclérose des cours par manque de papier. La seconde phase d’ouverture du capital de la holding annoncée au troisième trimestre 2026, pourrait peut-être briser ce monopole des acheteurs.


