Après le plongeon de 6,30 % enregistré le 9 mars, la place boursière régionale a offert ce mardi le visage d’un marché pétrifié. L’indice BVMAC All Share est resté figé à 1 074,33 points, non par résilience, mais par une absence absolue de rencontre entre l’offre et la demande. Les investisseurs, encore sous le choc de l’effondrement des valeurs agro-industrielles, semblent avoir opté pour une prudence confinant à l’immobilisme. La capitalisation boursière stagne elle aussi à 477,7 milliards de francs CFA, mais le blocage des échanges souligne l’étroitesse d’un marché désormais sur la défensive.

Le carnet d’ordres du jour est pourtant riche d’enseignements sur la psychologie des opérateurs. Si des intentions d’achat subsistent timidement sur la SEMC ou la Safacam, elles se heurtent à des prix de vente jugés prohibitifs par les acheteurs. À l’inverse, la pression vendeuse s’accentue sur d’autres titres phares. Plus de 700 actions de la SCG-Ré et 454 titres de La Régionale cherchent désespérément preneurs dans un marché devenu subitement borgne. Cette incapacité à dénouer les positions traduit la problématique majeure de la place régionale : une profondeur de marché insuffisante pour absorber les prises de bénéfices ou les mouvements de panique sectoriels.

Le compartiment obligataire n’offre pas davantage de relief. Malgré un encours de dettes souveraines et privées colossal, culminant à 1 423 milliards de francs CFA, les trente-trois lignes de la côte sont restées muettes. Les investisseurs institutionnels, traditionnellement détenteurs de ces titres jusqu’à leur échéance, refusent de céder leurs obligations dans un climat d’incertitude, gelant de fait toute velléité de dynamisme sur le marché secondaire. 

Seuls les fonds de placement collectifs parviennent à extraire une performance marginale, à l’image du FCP AB Avenir dont la valeur liquidative progresse de 0,10 %, offrant un refuge précaire mais réel face à la volatilité des actions directes. Cette séance de « vacances forcées » pour les courtiers de la zone CEMAC sonne comme une mise en garde pour les autorités de régulation. La capacité du marché à reprendre son souffle dès demain sera le véritable test de résistance pour la place financière de l’Afrique Centrale.

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