La séance de cotation du 24 mars 2026 à Douala n’aura pas dérogé à la règle d’une prudence extrême. Avec un volume global de transactions limité à seulement 10 millions de FCFA sur le compartiment actions et un encéphalogramme plat pour les obligations, le marché secondaire direct semble figé dans une attente contemplative. Seules les valeurs camerounaises Safacam et Socapalm ont sauvé les meubles avec quelques échanges symboliques, laissant l’indice BVMAC All Share inchangé à 1 147,20 points. Cette atonie masque pourtant une réalité beaucoup plus bouillonnante dans les coulisses de la gestion d’actifs régionale où les lignes de force se déplacent.
Le véritable moteur de la place financière réside désormais dans les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM). Le bulletin officiel de la côte du jour révèle une vitalité discrète mais réelle des fonds, à l’image du FCP Harvest Actions CEMAC dont la valeur liquidative bondit de plus de 3% sur ses derniers relevés. Cette performance souligne que la création de valeur se déplace vers des structures intermédiaires. L’investisseur ne cherche plus à dompter seul un marché dont la liquidité est captée par les grands institutionnels, mais délègue désormais cette tâche à des gestionnaires d’actifs capables de manœuvrer dans l’épaisseur des encours.
L’encours global des dettes, qui culmine à 1 386,5 milliards de FCFA à ce jour, demeure le socle inébranlable de la capitalisation régionale, bien que les titres ne circulent quasiment pas. Ce stock de dette, principalement de nature souveraine, constitue le réservoir de rendement que les sociétés de gestion transforment habilement en produits d’épargne accessibles au plus grand nombre. La stabilité affichée des cours obligataires, malgré l’absence totale d’échanges lors de cette séance, confirme que les porteurs de titres privilégient le rendement des coupons plutôt que la sortie de position sur un marché secondaire encore trop étroit.
Cette configuration dessine une bourse à deux vitesses où le flottant boursier reste la variable d’ajustement la plus complexe à dynamiser. Tandis que les carnets d’ordres sur des titres phares comme Bange ou SCG-Ré demeurent peu fournis en offres de vente, les gestionnaires de fonds accumulent les souscriptions et renforcent leur poids stratégique. Le défi majeur pour la BVMAC en 2026 ne consistera plus seulement à attirer de nouveaux émetteurs privés, mais bien à fluidifier les échanges entre ces fonds de plus en plus puissants et un marché de titres qui semble avoir définitivement choisi la stabilité au détriment de la volatilité.


