Après des années de léthargie et une côte qui peine à s’étoffer, les autorités monétaires sortent l’artillerie lourde. À travers le projet PAMFUAC, la BEAC annonce la prise en charge totale des frais d’introduction en bourse pour quatre nouvelles entreprises. Financée à hauteur de 142,9 millions FCFA par la BAD via le Fonds d’aide au secteur privé africain, cette initiative sonne comme l’opération de la dernière chance pour dynamiser un marché financier régional encore trop timoré.

L’annonce officielle, signée le 17 mars 2026 à Yaoundé, précise que la BEAC, via son Unité de gestion des réformes des institutions financières (UGRIF), est chargée de redistribuer cette manne. Dans le détail, ces 142 925 000 FCFA (environ 223,7 millions de dollars) serviront à régler les dépenses les plus dissuasives pour les opérateurs privés : commissions de visa de la COSUMAF, frais d’introduction de la BVMAC, et honoraires des conseils juridiques. Pour les PME en cours de création, même les frais de commissariat aux comptes seront couverts par ce don international.

Pour comprendre l’enjeu, il faut jeter un regard dans le rétroviseur. Depuis l’unification des bourses de la CEMAC en 2019, la place de Douala ressemble à une cathédrale silencieuse. Malgré les promesses de privatisation des actifs publics, le compartiment des actions manque de profondeur. Le coût d’entrée sur le marché, souvent jugé prohibitif par les chefs d’entreprise locaux, a longtemps servi d’alibi à cette frilosité. En levant ce verrou financier, la BAD et la BEAC espèrent créer un appel d’air.

Cependant, ce coup de pouce ne constitue pas un chèque en blanc. Le régulateur place la barre haut en termes de gouvernance. Les entreprises postulant à cette subvention doivent justifier de trois années d’états financiers certifiés conformes aux normes OHADA. Plus contraignant, elles devront prouver leur alignement avec les priorités stratégiques de la BAD, notamment sur la souveraineté financière et la résilience climatique. Cette exigence de transparence est le prix à payer pour bénéficier de la gratuité.

Au-delà de l’aspect pécuniaire, la BEAC cherche à instaurer une culture de la reddition de comptes et de la RSE au sein d’un secteur privé régional souvent opaque. En imposant ces critères, le projet PAMFUAC tente de transformer des structures familiales en institutions financières modernes. Les dossiers de manifestation d’intérêt sont attendus à la direction générale de la BEAC jusqu’au 30 avril 2026. Pour la bourse régionale, le compte à rebours est lancé.

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