Le Magazine d’analyse « Lignes d’Horizon » que dirige Valentin Zinga, a organisé le 21 avril 2026 à Yaoundé, la 4ème édition des « Débats de Lignes d’Horizon » sous le thème : « Le Cameroun, 20 ans après le point d’achèvement de l’Initiative PPTE : acquis, leçons et défis ». Admis au « point de décision » de l’Initiative en faveur des pays pauvres et très endettés (PPTE) en octobre 2000, le Cameroun franchit le « point d’achèvement » de ce mécanisme de réduction de la dette, le 28 avril 2006. « Dans les années 1970 et 1980, le Cameroun était une exception par rapport à toutes les crises d’endettement qui s’étaient installées dans plusieurs pays africains. C’est une initiative qui remettait les compteurs à Zero par l’allègement de la charge de la dette, sans avoir recours aux aides extérieures. En 2006, nous sommes descendus à moins de 1000 milliards de FCFA de stock de la dette. Ça a été une grande fête » a déclaré le Pr. Bruno Bekolo Ebe, économiste lors du débat.
Ainsi, l’on pensait que le Cameroun «devait désormais disposé des marges de liberté pour élaborer et piloter sa politique économique, sortant ainsi de la férule du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale et des contraintes de divers programmes économiques, dont la Facilité de Réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC). Mais hélas, 20 ans après le bilan est mitigé. « On a ces dernières années une croissance faible qui tourne autour de 3%, alors qu’à l’atteinte du point d’achèvement, on annonçait une croissance désormais entre 6 et 7%. Le taux de pauvreté est en constante augmentation et on observe un renforcement de la contrainte extérieure. L’économie camerounaise produit chaque année moins de valeur ajoutée » regrette le Pr. Bruno Bekolo Ebe.
Emmanuel Noubissie Ngankam, analyste économique, ancien haut cadre de la Banque mondiale au cours du débat a exposé sur le thème : « le recours aux institutions financières internationales est-il la panacée de l’économie camerounaise ? ». Il a martelé que 20 ans après le point d’achèvement, le pays reste endetté à hauteur de 14 000 milliards de FCFA, soit 45% du PIB. « La dette n’est pas un problème, mais la manière dont elle est utilisée » a souligné Emmanuel Noubissie Ngankam.
Des réalisations dans le cadre du C2D
Au cours de la 4ème édition des « Débats de Lignes d’Horizon », Virginie Dago, directrice de l’Agence française de développement (AFD) au Cameroun a fait le point sur le Contrat de désendettement et de développement (C2D), un mécanisme issu du point d’achèvement de l’initiative PPTE. Il prévoit que les fonds faisant l’objet du remboursement de la dette due à la France par le Cameroun sont collectés, puis destinés au financement des projets réalisés au Cameroun, mais sélectionnés de commun accord par les autorités des deux pays. Parmi les réalisations du C2D au Cameroun, figurent plusieurs projets.
Bertoua, capitale régionale de l’Est, s’est par exemple littéralement transformée grâce au C2D qui y a apporté sa contribution à travers le Programme Capitales Régionales, doté d’un financement de 26 milliards de FCFA. A travers cette initiative, de nombreux projets ont déjà été réalisés, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie des populations. Parmi les acquis du Programme Capitales Régionales à Bertoua, l’on note la construction d’infrastructures routières (16,23 km de routes en béton compacté au rouleau (BCR), 1,43 km de pavés, soit près de 18 km de voirie), l’aménagement de 4,5 hectares avec la construction de plus de 250 boutiques reparties dans différents marchés. L’on note aussi la construction du 2ème Pont sur le Wouri, des appuis budgétaires dans le secteur de la santé permettant la mise en place du chèque santé.
Toutefois, Virginie Dago, la responsable de l’AFD au Cameroun a reconnu les limites du mécanisme, notamment la difficulté d’assurer la durabilité de certains projets. Sur les 1,5 milliard d’euros prévus, environ 165 millions restent à décaisser, la dernière échéance étant attendue dans un an. Deux décennies après l’atteinte par le Cameroun du point d’achèvement de l’initiative PPTE, « l’objectif de l’émergence est pris entre optimisme des autorités et scepticisme des experts et bailleurs de fond, tandis que les choix de l’endettement du pays suscitent de vives polémiques ».


