Énergie : La SOCADEL adopte un budget de 630 milliards de FCFA pour amorcer la restructuration d’un secteur électrique sous pression

Moins d’un mois après sa création par décret présidentiel, la Société Camerounaise d’Electricité (SOCADEL) a tenu, le 28 mai 2026 à Yaoundé, la première session de son Conseil d’Administration. Présidée par Antoine Ntsimi, cette session marque le passage de la transformation juridique à l’action institutionnelle. Elle constitue la première étape formelle d’un chantier de redressement qui engage l’État camerounais en sa qualité d’actionnaire unique.
Le Conseil a arrêté un programme de gouvernance en trois volets. Le premier, intitulé « réorganisation stratégique », prévoit l’opérationnalisation de la feuille de route gouvernementale pour le secteur de l’électricité, le lancement des travaux de réforme de la gouvernance de l’entreprise et la préparation d’un plan de restructuration et de transformation opérationnelle. Ce cadre de gouvernance s’inscrit dans la continuité du plan de restructuration 2026–2028 élaboré par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, lequel fixe des objectifs de recouvrement progressifs : atteindre 78 % de recouvrement en 2026, 84 % en 2027 puis 90 % en 2028, avec une progression du chiffre d’affaires de 4 % dès 2026, puis de 6 % les années suivantes.
Le deuxième volet, financier, est le plus exigeant. Le budget adopté (630 milliards de FCFA en équilibre recettes-dépenses) devra permettre l’apurement progressif des engagements envers les fournisseurs et partenaires. La SOCADEL naît avec un capital de 43,9 milliards de FCFA mais hérite d’une dette globale d’environ 800 milliards de FCFA, dont plus de 500 milliards dus aux fournisseurs. La restauration de la confiance des créanciers figure explicitement parmi les objectifs du Conseil.
Le troisième volet concerne le refinancement. Le mandat donné au Directeur Général pour négocier avec les bailleurs de fonds du secteur (sous supervision du Président du Conseil) vise la restructuration de la dette financière, le refinancement de la trésorerie et le financement des investissements. Avant la SOCADEL, l’État avait déjà repris le patrimoine public via EDC et le transport via SONATREL. Ce qui restait au centre du dispositif, c’était la distribution, la relation client, une partie de la production et surtout le rôle d’opérateur historique visible par les ménages et les entreprises. La SOCADEL hérite de l’ensemble de ces responsabilités.
Le communiqué du Conseil se referme sur une référence directe aux « très hautes instructions du Chef de l’État, S.E. Paul Biya », signal politique du soutien de la présidence au processus de redressement. Ce cadrage institutionnel au plus haut niveau confère à la première session du Conseil une portée qui dépasse la seule gestion d’entreprise. Il s’agit d’une réforme de structure dont l’État assume désormais, en pleine responsabilité actionnariale, la conduite et le risque.
La genèse de la SOCADEL est indissociable d’un cycle de renationalisation. La trajectoire retracée par les statuts résume près d’un quart de siècle d’histoire industrielle : la SONEL, opérateur national historique, avait été ouverte à la privatisation au tournant des années 2000, avec l’entrée d’AES Cameroon Holdings en 2001. Le changement de marque vers Eneo intervient en 2014, sous pavillon Actis. La reprise par l’État en 2026, puis la naissance de la SOCADEL, referment ce cycle d’actionnariat privé. Les statuts approuvés le même jour fixent le capital social à 43,9 milliards de FCFA.
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