Carburants au Gabon : 30 milliards de FCFA de soutien public pour le seul mois de septembre

Le Conseil des ministres du 8 octobre a révélé un dérapage historique du coût de stabilisation des prix à la pompe. Face à cette pression sur les finances de l’État, le gouvernement réétudie le retrait progressif des subventions tel que recommandé par le FMI, tout en cherchant à sécuriser ses capacités de stockage.
Les pénuries de carburant à Libreville ont ravivé le débat sur le coût de la stabilisation des prix à la pompe. Le 8 octobre 2026, le Conseil des ministres a évalué à 30 milliards de FCFA la charge supportée par l’État pour le seul mois de septembre. Avant la guerre en Ukraine, elle oscillait entre 7 et 9 milliards mensuels, avant d’atteindre environ 15 milliards au plus fort de la crise. Le gouvernement demande désormais d’étudier des mécanismes de réduction, voire de suppression du dispositif à terme, sans annoncer de hausse des prix.
La loi de finances initiale pour 2026 avait ramené l’enveloppe annuelle consacrée au soutien des prix des carburants à 12 milliards de FCFA, contre 88 milliards en 2025 et 75 milliards en 2024. La loi de finances rectificative l’a ensuite relevée à plus de 55 milliards.
Si les deux montants couvrent le même périmètre, les 30 milliards enregistrés en septembre représenteraient près de 54 % de l’enveloppe annuelle rectifiée. Cette comparaison reste toutefois indicative, faute de précisions sur la méthode de calcul et les produits concernés.
La réforme avait déjà été annoncée. En septembre 2025, le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema, avait prévu la fin des subventions en janvier 2026. L’échéance a été abandonnée en novembre, le gouvernement invoquant les risques économiques et sociaux d’une telle décision. Une hausse des prix pourrait renchérir les transports et les marchandises, tandis que le maintien des aides accroît l’exposition du budget aux cours internationaux.
Une aide peu ciblée, des pénuries persistantes
Dans sa revue des finances publiques du Gabon publiée en 2026, la Banque mondiale estime que 96 % du coût des subventions à l’essence et au gasoil bénéficie à la moitié la plus aisée de la population. Elle recommande de réorienter progressivement ces dépenses vers des aides ciblées aux ménages vulnérables, ainsi que vers la santé et l’éducation.
La stabilisation des prix n’a pas empêché les ruptures d’approvisionnement observées à Libreville depuis la fin septembre. Le retour à la normale annoncé début octobre dépendait notamment de l’arrivée de cargaisons importées. Malgré une production de brut estimée à environ 220 000 barils par jour en août, le Gabon reste exposé aux contraintes de raffinage, de stockage et d’importation des produits finis.
Le Conseil des ministres préconise la modernisation de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA), le renforcement des stocks de sécurité et des études pour une nouvelle raffinerie. Le 14 avril 2026, Technip Energies avait annoncé deux contrats d’ingénierie avec la SOGARA. Ces études constituent une étape préparatoire, et non la garantie d’une hausse immédiate de la production.
L’équation gabonaise comporte donc deux volets. Réduire le coût des subventions supposent de protéger les ménages contre les effets d’une réforme des prix. Sécuriser l’approvisionnement exige, parallèlement, des investissements dans le raffinage et les stocks. Sans calendrier chiffré ni financement clairement établi, ces deux chantiers restent à concrétiser.
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