Au Cameroun, environ 100 000 enfants dont une moitié de filles, travaillent dans les mines selon les statistiques de l’Organisation internationale du travail (OIT). De plus, la Société nationale des mines (Sonamines) a recensé plus de 800 enfants dans les sites miniers en 2021, à Kambé dans le Département de la Kadey, région de l’Est. Or, cette pratique est le symptôme d’une défaillance du marché et un frein majeur à la croissance endogène.

La principale cause profonde du travail des enfants dans les mines est la pauvreté. Environ 4 Camerounais sur 10 vivent en dessous du seuil de pauvreté national – une situation qui n’a presque pas changé au cours des deux dernières décennies. Selon les données issues d’un rapport de la Banque mondiale publié en décembre 2024. Avec la croissance continue de la population, le nombre de Camerounais vivant dans la pauvreté dépasse désormais les 10 millions.

Pour bon nombre de ces familles, dans les zones minières le travail des enfants n’est pas un choix, cependant une stratégie de survie face à l’extrême pauvreté.

Dans les zones d’exploitation minières, les populations souvent confrontées à une situation où leurs moyens limités ne leur permettent ni d’assumer les frais de scolarité (investissement à long terme) ou d’assurer les besoins basiques, optent de survivre (investissement à court terme). Cette situation fait référence à un choix économique rationnel.

Bien que l’interdiction totale du travail des enfants soit considérée comme la meilleure solution, toutefois certaines réalités économiques émettent des réserves et nécessitent des politiques additives. Autrement dit, ces ménages pourraient se retrouver dans une pauvreté encore extrême dans un contexte d’adoption de ces censures sans mesures complémentaires. De plus, des interdictions sans appui supplémentaire, impliqueraient dans les sites miniers des activités clandestines, dans des conditions encore plus dangereuses.

Par ailleurs l’on serait confronté à un effet de substitution. Car un enfant qui ne peut plus miner, court le risque de migrer vers d’autres secteurs informels tout aussi pénibles (agriculture de subsistance, commerce de rue).

Mettre en place un mécanisme de compensation

Un pan de la littérature présente le capital humain comme le moteur principal de la productivité. Le fait de sortir les enfants des sites miniers pour les scolariser, implique un arbitrage intertemporel favorable. Autrement dit, on sacrifie un revenu marginal à court terme et faible pour une augmentation exponentielle des revenus à long terme.

Cette dans cette lancée qu’en 2021 la « Sonamines » grâce à son opération « Zéro enfant dans la mine » a permis la scolarisation de 153 enfants à l’école publique de Kambélé, localité minière du département de la Kadey dans la région de l’Est. Toutefois, ces résultats ne sont pas significatifs. L’amélioration du bien-être, par l’accès à une nutrition adéquate et à des soins de santé, garantit que ce capital humain ne se déprécie pas prématurément.

D’où l’importance de politiques monétaires conditionnels pourraient significativement diminuer la présence des enfants dans les sites miniers. Les politiques de transferts monétaires conditionnels, couplées à un investissement dans les infrastructures scolaires décentralisées, sont les outils les plus efficaces pour modifier le calcul économique des ménages.

Pour que cette prohibition soit un succès économique, elle doit s’accompagner d’un mécanisme de compensation financière pour les familles et d’un investissement massif dans les infrastructures scolaires. Sans quoi, l’interdiction risque de rester une simple mesure sans suite.

Michelle Josée Ekila, Économiste 

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