Une activité intense pour un résultat presque nul. C’est le bilan paradoxal de la première séance de cotation du mois de juin 2026 à la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). Le thermomètre du marché, le BVMAC All Share Index, est resté de marbre à 1 130,81 points (0,00 %), maintenant la capitalisation boursière globale à 1 709,54 milliards de FCFA. Pourtant, les volumes se sont étoffés par rapport aux dernières séances de mai : le compartiment des actions a vu transiger un montant global de 20,71 millions de FCFA. Sept transactions ciblées ont permis d’échanger 299 titres, sans toutefois faire bouger d’un iota les cours de clôture des trois valeurs animées du jour.
Le pivot de cette rentrée de juin s’appelle BGFI Holding Corporation. Le groupe bancaire, qui renoue avec le marché des semaines après sa première cotation, a capté à lui seul près de 80 % des flux de la séance, matérialisés par l’échange de 199 actions au prix inchangé de 82 000 FCFA, soit une valeur transactionnelle de 16,31 millions de FCFA. Cet intérêt marqué ne s’arrête pas aux ordres exécutés. Le carnet d’ordres de l’émetteur est en situation de surchauffe technique : à la clôture, 2 104 promesses d’achat restaient en souffrance, se heurtant à une offre résiduelle de seulement 120 titres. Un déséquilibre structurel qui démontre que le cours actuel est solidement installé sous une chape de plomb acheteuse.
En périphérie de ce bloc bancaire, les valeurs de la terre ont servi de variables d’ajustement de portefeuille. Safacam a vu 50 de ses actions changer de mains au cours stable de 33 000 FCFA (1,65 million de FCFA transigés). Sa grande sœur, la Société Camerounaise de Palmeraies (Socapalm), affiche un volume identique de 50 actions négociées à 55 000 FCFA l’unité, pour une valeur de 2,75 millions de FCFA.
Le carnet de la Socapalm vire au rouge
Alors que BGFI manque de papier, le producteur d’huile de palme souffre d’un engorgement inverse : 1 456 titres ont été présentés à la vente par des gestionnaires désireux de matérialiser leurs plus-values latentes, sans qu’aucun acheteur ne daigne se présenter en contrepartie directe. Les investisseurs, anticipant peut-être un sommet de cycle après les récentes hausses, cherchent visiblement à matérialiser leurs plus-values, au risque d’engorger la ligne si la contrepartie ne revient pas à l’achat lors des prochaines séances. Dans le reste de la cote des actions, des valeurs comme La Régionale (39 500 FCFA) ou la SCG-Ré (21 498 FCFA) n’ont pas vu la moindre feuille de marché se croiser, affichant des stocks d’offres en souffrance (respectivement 515 et 488 titres en attente de preneurs).
Dette souveraine : les investisseurs institutionnels conservent leurs positions
Sur le compartiment de la dette (Compartiment C), la physionomie est à l’encéphalogramme plat. Aucune transaction n’a été enregistrée sur les obligations souveraines ou corporatives. L’encours global de la dette cotée de la sous-région demeure inchangé à 1 444,93 milliards de FCFA. Les investisseurs institutionnels continuent de conserver leurs lignes de fonds d’État, à l’instar de la ligne camerounaise ECMR6 ou gabonaise EGA12, dont les ordres d’achat résiduels en carnet n’ont pas trouvé de vendeurs disposés à s’alléger.
Arbitrages favorables pour la gestion collective
Ce manque de contrepartie immédiate sur le marché en direct continue de faire le bonheur des Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM). Bloqués par l’illiquidité des lignes d’actions directes, les capitaux privés et institutionnels se déportent massivement vers les structures de gestion collective de la place, qui affichent des performances historiques robustes. Le fonds diversifié AB Avenir géré par Africa Bright Asset Management a ainsi vu sa valeur liquidative progresser à 1 272,38 FCFA au 29 mai, portant sa performance cumulée depuis l’origine à +27,24 %. Les véhicules monétaires de court terme confirment également leur rôle de parcs à cash de référence : le FCP ASCA Liquidités consolide son leadership avec une progression historique de +46,38 % depuis sa création, talonné par le FCP AB Cash à +30,91 %.
Cette séance du 1er juin met en exergue le véritable défi de la BVMAC pour le second semestre 2026 : fluidifier la circulation du papier afin de libérer les carnets d’ordres en souffrance, évitant ainsi à l’indice de demeurer condamné à cette stabilité en trompe-l’œil, déconnectée de la réalité des forces de marché.

