Dans un contexte de concurrence accrue entre les places portuaires régionales, le PAD mise désormais sur la technologie de pointe pour accélérer ses cadences. Signé le 14 novembre 2025, ce contrat de 25 ans avec Transatlantic DSA, experte en contrôle non intrusif, marque un tournant décisif. Forte de son expérience probante au Port de Kribi où elle a réduit les délais et les engorgements, l’entreprise déploie à Douala un arsenal de huit scanners de dernière génération. Ce dispositif comprend deux unités pour l’importation, deux pour l’exportation, un scanner dédié aux cargaisons RoRo, un autre pour le bois conventionnel, ainsi que deux appareils de secours. Capables de pénétrer 250 mm d’acier et de traiter 60 scans par heure, ces équipements intègrent une détection automatique des menaces telles que les armes, les explosifs ou les stupéfiants, tout en assurant un interfaçage en temps réel avec les douanes et les opérateurs.
Sur le plan économique, le projet s’impose comme un véritable catalyseur de croissance. Le concessionnaire mobilise 192,942 milliards FCFA sans solliciter de garanties étatiques, couvrant à la fois la construction d’un bâtiment opérationnel et l’acquisition d’équipements évolutifs. En retour, le PAD perçoit une redevance fixe annuelle de 150 millions FCFA, versée semestriellement, ainsi qu’une part variable du chiffre d’affaires fixée à 3,5 % durant la première décennie, avant de grimper à 9,3 % jusqu’au terme du contrat. Sur la durée totale de la concession, les revenus globaux sont estimés à 156,386 milliards FCFA, répartis entre le promoteur à hauteur de 46,8 % soit 73,214 milliards, le PAD pour 27,6 % soit 43,172 milliards et l’État, via la fiscalité, pour 25,6 % soit 40,001 milliards. Au total, l’État camerounais capte 53,2 % des retombées directes, portées par un taux de rentabilité interne de 12,8 %.
Sur le terrain, les changements sont palpables dès la première journée d’exploitation. Cyrille Thierry Ayinda, directeur des opérations adjoint à la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC) du PAD, souligne un gain d’efficacité majeur puisque le scanner est désormais intégré nativement aux opérations, supprimant les trajets inutiles à travers le terminal. Le conteneur étant scanné immédiatement après son déchargement, les usures et les temps morts sont drastiquement réduits, permettant de maintenir un temps de rade nul, facteur essentiel pour attirer les armateurs. Dès la matinée de lancement, plus de 2 000 conteneurs issus des navires MSC Haïti et Grande Angola, ainsi que les cargaisons du roulier Zagor, ont été traités au terminal RTC. Emmanuel Tagne, ingénieur informatique chez Transatlantic, précise que grâce à des scanners mobiles évoluant à 5 km/h et des analystes formés, chaque opération est bouclée en une minute seulement, assurant une transmission instantanée des données aux partenaires.
Ces innovations répondent à des enjeux macroéconomiques cruciaux pour le Port de Douala, qui traite 80 % des échanges du pays. Le scanning 100 % intégré permet notamment de minimiser les pertes de recettes fiscales, évaluées à 200 milliards FCFA par la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat, grâce à un suivi rigoureux des flux. La productivité s’en trouve dopée, les chauffeurs passant d’une moyenne de 6 à près de 9 tours par heure. Sur le plan social, le projet génère des emplois directs en maintenance et en analyse de données, prouvant que l’intelligence artificielle complète l’expertise humaine des agents de dénombrement plutôt qu’elle ne la remplace.
En s’appuyant sur l’expertise technique de Transatlantic DSA, le Cameroun s’aligne sur les normes internationales et renforce son attractivité pour les investissements étrangers. L’entreprise, déjà en négociation pour l’ajout de scanners mobiles supplémentaires, positionne le pays comme un hub logistique majeur, avec une réduction attendue des délais d’import-export de 30 % et un impact positif direct sur le PIB. Ce partenariat public-privé illustre une stratégie audacieuse consistant à investir dans la technologie pour sécuriser les frontières tout en dynamisant l’économie nationale. Avec des revenus étatiques projetés à 83 milliards FCFA au total, le scanning intégré pourrait bien propulser le Port de Douala vers un nouveau cycle de prospérité durable.


