Le carnet d’ordres de la BVMAC ressemble parfois à une salle d’attente bondée où les guichets restent fermés. Le mardi 16 juin, le Bulletin officiel de la cote n°2530 affiche un chiffre qui résume à lui seul le grand paradoxe du marché financier de la zone CEMAC : 2 320. C’est le nombre exact d’actions BGFI Holding Corporation demandées à l’achat par des investisseurs prêts à débourser 90 000 FCFA par titre. En face, la case des vendeurs est restée désespérément vide. Une seule transaction de 30 titres a pu être exécutée, générant un maigre flux de 2,7 millions de FCFA. 

Pour les souscripteurs de la première heure, entrés à 80 000 FCFA le 7 mai dernier, l’opération est une réussite incontestable sur le papier. Le titre s’apprécie de 9,76% et propulse la capitalisation boursière de BGFI HC à 1 325,6 milliards de FCFA. Derrière la hausse des cours, le marché financier de l’Afrique centrale se heurte une fois de plus à son éternel problème de liquidité. L’explosion de la demande sans contrepartie est le symptôme d’un blocage technique. Les investisseurs institutionnels verrouillent leurs positions dans une logique de conservation à long terme, privant le marché secondaire du carburant nécessaire à son animation.

Cette asymétrie grippe l’ensemble des compartiments. À l’inverse exact de la banque gabonaise, la Socapalm affiche un carnet lourdement vendeur avec 1 777 actions offertes pour seulement 16 demandées. Le cours de la palmeraie camerounaise tient certes son niveau à 53 000 FCFA grâce à l’exécution de 133 titres pour 7,04 millions de FCFA, mais la pression accumulée pèse sur les perspectives de court terme. Avec les contributions plus modestes de Safacam (25 titres à 35 000 FCFA) et de SCG-Ré (10 titres à 21 499 FCFA), le volume global des actions transigées culmine à 10,83 millions de FCFA pour un indice All Share figé à 1 163,23 points.

Le compartiment obligataire n’échappe pas à cette léthargie, malgré un renouvellement visible de la dette souveraine. Le Gabon réaffirme sa domination sur la cote avec l’introduction des lignes EGA20 et EGA21 pour un encours combiné de 106,5 milliards de FCFA, compensant le retrait définitif de la ligne historique EGA06, intégralement remboursée le 4 juin. L’encours global des dettes cotées remonte ainsi à 1 397,96 milliards de FCFA. Pourtant, aucune transaction n’a été enregistrée sur le marché secondaire de la dette ce mardi.

En l’absence de teneurs de marché actifs capables d’assurer la contrepartie au quotidien, la BVMAC reste un marché de rendez-vous professionnels, où la frustration des acheteurs mesure le chemin qu’il reste à parcourir vers une véritable culture boursière.

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