La chasse aux travailleurs étrangers en situation irrégulière se poursuit. Comme par le passé, le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), vient d’initier une campagne nationale de contrôle, devant permettre d’extirper du circuit, tout travailleur étranger sans contrat de travail valide. En violation de la réglementation, « de nombreux travailleurs de nationalité étrangère exercent des activités professionnelles sur le territoire national, en qualité de salarié, en situation irrégulière, sans contrat de travail », lit-on dans un récent communiqué du ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle par intérim, Mounouna Foutsou.
Six mois pour assainir le circuit
L’opération vise les chefs d’entreprises publiques et privées, les coordonnateurs des grands projets et programmes ainsi que les responsables des structures employant les travailleurs de nationalité étrangère. La campagne s’appuie sur l’article 27 alinéa 2 de la loi du 14 aout 1992 portant Code du travail qui dispose que, tout travailleur de nationalité étrangère doit, avant tout commencement d’exécution, être visé par le ministre en charge des questions d’emploi. Toutefois, la demande de visa incombe à l’employeur. Au cas où celui-ci serait refusé, le contrat de travail est nul de plein droit, suivant l’alinéa 3 du même article.
Il s’agit pour le gouvernement à travers cette opération, d’assurer une meilleure régulation des flux de main-d’œuvre étrangère, préserver les opportunités d’emplois des nationaux, garantir le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur en la matière. L’opération ainsi lancée devrait se poursuivre jusqu’au mois de décembre prochain.
Halte à la fraude
Pour éviter des perturbations et autres désagréments, les employeurs de travailleurs étrangers devraient prendre les dispositions nécessaires pour que ces personnels soient en règle au moment de l’opération. L’objectif principal de la campagne étant d’étant d’écarter du système tous les fraudeurs. Pour tout employeur qui continuerait de faire travailler sur le territoire national des personnels de nationalité étrangère en situation irrégulière, des sanctions sont prévues par la réglementation en vigueur, « sans préjudice des autres mesures administratives et pécuniaires ». Il s’agit notamment d’une pénalité de trois de mois de salaire par travailleur de nationalité étrangère appréhendé sans éléments justificatifs.
Enjeu financier important
En janvier 2025, le Cameroun comptait 60 000 étrangers, détenant des visas d’entrée ou de cartes de séjour, selon le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle. La moitié d’entre eux exerceraient dans l’illégalité, selon les données présentées lors des travaux du groupe interministériel chargé de la lutte contre la main-d’œuvre étrangère irrégulière. Les détenteurs de cartes de résidents étaient estimés à 16 000 dont 12000 travailleurs de nationalité chinoises. Des visas touristiques qui se prolongent et se terminent en emplois salariés, sans autorisation préalable.
La campagne ainsi lancée poursuit un double objectif. Outre la régulation du marché de l’emploi, cette opération vise également à sécuriser les ressources provenant des visas de travail. Il faut noter que la loi de Finances 2025 prévoit des frais de visas sur les contrats des travailleurs étrangers. Ceci correspond à deux mois de salaire brut pour les travailleurs non africains et deux mois pour les Africains, avec un abattement de 50%.
Entre 2023 et 2024, les recettes générées par les visas de travail et autres sanctions, sont en forte progression. Soit respectivement 5 milliards de FCFA et 14,4 milliards de FCFA mobilisés sur les deux années. Les prévisions pour 2025 dépassaient les 20 milliards de FCFA. Cette évolution peut être adossée au renforcement du dispositif de sanctions, mais surtout aux nouvelles mesures introduites dans les lois de Finances. Désormais, les consultants et les experts étrangers qui interviennent au Cameroun, sont soumis aux obligations de paiement . Le captage de ces ressources devrait servir à financer la formation professionnelle au Cameroun.
La campagne de six mois lancée par le gouvernement devrait aboutir à une situation détaillée du travail clandestin des expatriés au Cameroun. A travers cette démarche et face à la situation, le Minefop vise à intensifier sa politique de régulation et répression.

