Les Camerounais sont-ils devenus trop féconds ? Même si c’était le cas, il y’a quelque chose qui cloche notamment, en ce qui concerne le fichier des allocations familiales des agents publics. Depuis 2023, les montants alloués à cet élément de salaire sont à la hausse. En moins de cinq ans, l’enveloppe budgétaire dédiée est passée de 21 milliards FCFA à 38 milliards de FCFA.
Le constat a été porté à l’attention du Premier ministre, Chef du Gouvernement et en août 2024, il a autorisé la création du Comité en charge du pilotage de l’opération de l’audit des allocations familiales (AALFA). L’instance a pour objectif d’ « auditer toutes les dépenses effectuées au titre des allocations familiales servies aux agents publics en activité, de manière à assainir cette composante et formuler des recommandations à même de prévenir la non qualité dans l’avenir », a indiqué Louis Paul Motaze, ministre des Finances et président du Comité.
Soupçon de fraude
L’opération d’audit des allocations familiales a été lancée le 3 juin 2026 par le ministre des Finances. Face au constat, le processus engagé « vise à restaurer la transparence, la sincérité et la justice sociale au sein de notre système de redistribution ».
Initiées pour le bien-être des familles en contribuant à la prise en charge des enfants des personnels publics, les allocations familiales suscitent une autre réalité : les récentes analyses de la base de données de la Solde ont révélé des trajectoires statistiques « anormales et hautement » préoccupantes.
En effet, « à la suite de la revalorisation de l’allocation par enfant, passée de 2 800 FCFA à 4 500 FCFA en février 2024, le ministère des Finances a constaté un grossissement disproportionné et injustifié de la masse des enfants bénéficiaires dans le fichier solde. Ce qui se caractérise par une explosion budgétaire, une croissance exponentielle du volume, des anomalies biologiques (naissances multiples), des doublons sur l’alignement des enfants ou encore des fraudes d’enfants fictifs ».
Selon le ministre des Finances, le nombre d’enfants alignés est passé de 594 728 en juin 2024 à 923 307 en mars 2026, soit une croissance de 55% en 21 mois. Ainsi, « nous nous engageons cette année 2026, à démarrer cette activité » pour laquelle le Premier ministre, a accordé 24 mois pour la mise en œuvre.
Des risques pour l’Etat
Dans le cadre de l’assainissement du fichier solde de l’Etat, de nombreuses opérations ont été organisées par le ministère des Finances, le ministère de la Fonction Publique et les ministères sectoriels, en vue d’extirper du circuit les agents ayant abandonné leur poste de travail ou décédés d’une part et à supprimer les rubriques des salaires ou pensions servies indûment d’autre part.
Parmi lesquelles on peut rappeler l’opération de comptage physique du personnel de l’Etat organisée en 2018 qui, continue de générer les économies budgétaires annuelles de 30,5 milliards de FCFA, selon le Minfi. Lequel évoque également l’opération de contrôle et de sécurisation du fichier des ayant droits et de la pension d’invalidité qui, depuis novembre 2021, génère des économies budgétaires de l’ordre de 12 milliards de FCFA par an.
D’autres opérations dont l’audit de la majoration pour enfant servie aux retraités de la police et de l’armée, le recensement des décédés et plusieurs autres recensements sectoriels notamment dans le secteur éducatif, continuent de générer des économies substantielles.
« La plupart de ces opérations visaient la suppression du fichier solde, des agents qui ne travaillent plus ». Cependant, concernant les allocations familiales, aucun audit n’a été effectué jusqu’ici. La composante représente environ 4% de la dépense salariale.
Cette situation met l’Etat en difficulté. Notamment, il l’expose notamment à des risques majeurs de dérive de la masse salariale et de non-soutenabilité budgétaire; l’intégration massive de données sans vérification préalable ou pièces justificatives authentiques ; la prédominance soudaine et statistiquement impossible de naissances gémellaires/multiples (allant jusqu’à des nonuplés) ; mêmes enfants alignés simultanément par plus d’une personne ou répétés par le même agent ainsi que des écarts d’âge biologiquement invraisemblables entre enfants d’une même mère.
L’opération vise entre autres à vérifier la conformité, actualiser le fichier central, supprimer définitivement du fichier, les enfants fictifs, les doublons et les alignements frauduleux, prévenir et corriger et renforcer la fiabilité globale.
« L’objectif de l’opération AALFA dont nous avons la responsabilité de conduire est donc d’extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement, c’est-à-dire en l’absence d’un acte de naissance authentique puis, de recouvrer les sommes indument payées au titre de ces derniers », indique Louis Paul Motaze. Au-delà d’un fichier solde complètement assaini, il est attendu une identification formelle des réseaux et des auteurs de déclarations frauduleuses qui sera suivie de l’application des sanctions disciplinaires et des poursuites judiciaires prévues.


