Quatre jours après le décret présidentiel du 4 mai 2026 transformant Eneo Cameroon en Société camerounaise d’électricité, l’État camerounais parachève un processus engagé en novembre 2025, lorsqu’il avait racheté pour 78 milliards de FCFA les 51 % du capital détenus par le fonds britannique Actis depuis 2014. La passation de service tenu le 8 mai dernier marque la prise de fonction effective d’une direction générale installée trois jours plus tôt à Yaoundé.
Dans son discours de circonstance,le ministre Eloundou Essomba a d’emblée, posé le diagnostic sans détour : « Le secteur de l’électricité fait face à un déséquilibre financier structurel, à des tensions de trésorerie persistantes, à une dégradation de la qualité du service et à une perte progressive de confiance des usagers. ». Aussi, précise-t-il, « l’accumulation des arriérés fragilise la chaîne de valeur, réduit la capacité d’investissement et compromet la maintenance des infrastructures. »
A son tour, le nouveau directeur général a confirmé ce tableau depuis le terrain. « Dans le Septentrion, le déficit de production aggravé par la sécheresse provoque des rationnements récurrents. Dans le réseau interconnecté Sud, le déséquilibre entre l’offre et la demande, la fragilité du système et la pression sur les réseaux affectent encore fortement la qualité du service », a déclaré Hamandjoda Oumarou. Il a joint qu’à « ces difficultés techniques s’ajoute une fragilité financière profonde » qui « freine les investissements et ralentit l’amélioration du service. »
Cent jours, trois priorités
Face à ce constat, le gouvernement a fixé un horizon opérationnel de cent jours. Le ministre a décliné trois piliers : le recouvrement « chaque kilowattheure distribué doit être facturé et chaque facture doit être encaissée », l’accélération technique avec un délai d’intervention plafonné à 72 heures pour le remplacement d’un transformateur en zone urbaine, et l’excellence du service client. L’élargissement de la base clientèle, la migration vers les compteurs prépayés et l’intensification de la lutte contre la fraude par le déploiement de compteurs intelligents complètent le dispositif.
Sur la fraude, le ton est ferme : « Tout agent dont la complicité dans des actes de fraude sera établie fera l’objet de sanctions exemplaires, allant des procédures disciplinaires les plus lourdes aux poursuites pénales. »
Un contrat de performance comme outil de mesure
Hamandjoda Oumarou a cadré l’action de la nouvelle direction autour de cinq axes à savoir la proximité client, la fiabilité du service, la transparence dans la gouvernance, l’innovation énergétique et la mobilisation des compétences internes. Il a toutefois prévenu que « l’amélioration ne se fera pas du jour au lendemain. Elle sera progressive, structurée et collective. »
Le Contrat de Performance signé le 8 mai constitue l’instrument de suivi de ces engagements. La SOCADEL est placée sous la double tutelle technique du ministère de l’Eau et de l’Énergie et financière du ministère des Finances, avec un capital social fixé à 43,9 milliards de FCFA.

