Le Cameroun a engagé une réforme structurelle profonde de son système éducatif. Validé en octobre 2024, le Plan national d’éducation inclusive (PNEI) 2024-2028 mobilise une enveloppe de 100 milliards de FCFA. Si l’objectif immédiat est de corriger l’exclusion persistante des apprenants en situation de handicap, la finalité est avant tout économique : renforcer le stock de capital humain national pour réduire, à terme, le coût social de la dépendance. L’exécution de ce plan repose sur une mise à niveau technique et humaine du réseau scolaire, prévoyant la transformation de 1 289 établissements du primaire et du secondaire en structures inclusives, ainsi que la formation spécialisée de 8 075 enseignants. Le 1er avril 2026, un atelier organisé par le ministère des Enseignements secondaires a scellé les modalités d’application de cette transition, marquant le passage de la phase de conception à l’opérationnalisation sur le terrain.
Sur le plan budgétaire, le programme repose sur un montage financier où 65 % des ressources sont assurées par l’État et les collectivités territoriales décentralisées. Cet engagement public massif souligne la volonté de l’exécutif de prendre le leadership sur ce chantier, bien que la question de la couverture intégrale du solde reste un défi à relever. L’investissement vise à lever les barrières physiques, pédagogiques et socioculturelles qui freinent l’accès au savoir pour une large frange de la population. Actuellement, seuls 10 % des enfants handicapés sont scolarisés, un retard qui représente un manque à gagner considérable pour l’économie nationale. En intégrant ces profils dans les parcours classiques, le gouvernement cherche à porter ce taux à 25 % d’ici 2027, limitant ainsi les disparités d’accès à la formation technique et professionnelle de qualité.
Au-delà de sa dimension sociale, cette réforme relève d’une logique d’efficience économique et de rentabilité des investissements publics. L’exclusion scolaire prolongée constitue une perte durable de potentiel productif pour la nation. En investissant aujourd’hui dans l’éducation inclusive, le Cameroun mise sur une meilleure insertion future de ces citoyens sur le marché du travail. Cette stratégie permet de transformer des bénéficiaires potentiels d’aides sociales en agents économiques actifs et contributeurs. Le programme s’inscrit d’ailleurs dans les engagements internationaux, notamment l’Objectif de développement durable n°4, tout en testant la capacité de l’État à mener des réformes budgétaires et institutionnelles complexes.

