Le marché financier d’Afrique centrale vient de faire la démonstration par l’absurde de son extrême étroitesse. Lors de la séance de cotation du lundi 6 avril 2026, la BVMAC, a vu son indice de référence s’apprécier de 0,84 % pour atteindre 1 147,21 points, uniquement portée par l’échange d’un modeste bloc de 150 actions de la Société africaine forestière et agricole du Cameroun, Safacam. Cette transaction unique, d’une valeur globale de 4 950 000 FCFA, a propulsé le cours de la valeur de 8,20 % à 33 000 FCFA, entraînant mécaniquement dans son sillage l’ensemble de la valorisation du compartiment actions.
L’impact de ce micro-échange sur la capitalisation boursière globale du marché est saisissant. En une seule séance, la valeur théorique des entreprises cotées est passée de 501,44 milliards à 504,54 milliards FCFA, soit une création de richesse sur le papier de plus de 3 milliards de FCFA. Ce phénomène d’amplification met en exergue la structure déséquilibrée d’une place boursière régionale où six émetteurs seulement se partagent la cote et où le flottant réel demeure marginal. Le bulletin officiel de la séance révèle d’ailleurs que le carnet d’ordres reste bloqué sur la plupart des autres lignes, faute de contrepartie. Les investisseurs se sont bousculés à l’achat sur la Socapalm avec 272 titres demandés sans trouver de vendeur, tandis que la Société commerciale gabonaise de réassurance, SCG-Ré, affichait 352 titres à la vente sans trouver preneur.
Du côté du compartiment obligataire, l’apathie coutumière des investisseurs institutionnels de la zone CEMAC s’est une nouvelle fois confirmée. Aucune des 32 lignes de dettes souveraines ou privées n’a enregistré le moindre échange au cours de la journée. L’encours global de la dette est resté rigoureusement stable à 1 387,01 milliards FCFA. Les investisseurs d’Afrique centrale continuent de privilégier une stratégie de conservation des titres jusqu’à leur maturité, asséchant ainsi toute velléité d’animation d’un marché secondaire obligataire pourtant crucial pour la dynamisation financière de la sous-région.
Dans l’univers de la gestion collective, les données transmises par les sociétés de gestions collectives à la COSUMAF, font ressortir des trajectoires disparates. Le fonds d’actions régionales géré par Harvest Asset Management s’est distingué par une progression de 2,38 % de sa valeur liquidative. À l’inverse, le compartiment monétaire de la même société de gestion affiche une chute vertigineuse de 88,44 % sur un mois pour son fonds de trésorerie. Ce type d’écart brutal sur des instruments de court terme traduit généralement des ajustements techniques ou comptables profonds plutôt qu’une débâcle de marché, mais il rappelle la prudence nécessaire à la lecture des indicateurs financiers d’une zone encore en phase de maturation réglementaire.
Alors que les places financières internationales s’inquiètent des volumes de transactions, la BVMAC rappelle qu’elle évolue dans un autre paradigme. Celui où l’absence de profondeur transforme la moindre étincelle sur une valeur de second rang en un feu de joie statistique.

