Un trompe-l’œil statistique. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier la séance de ce lundi à Douala. Le Bulletin Officiel n° 2446 affiche soixante actions SOCAPALM transigées pour un montant de 3 millions FCFA, soit dix fois le volume du 4 février dernier. Mais derrière cette accélération, les fondamentaux restent de marbre : la valeur agro-industrielle porte, à elle seule, 100 % de l’activité du compartiment actions. Conséquence logique, l’indice BVMAC All Share Index demeure cloué à 1 074,33 points, ignorant un volume qui, bien qu’en hausse, ne concerne qu’un unique émetteur.
Cette concentration sur SOCAPALM révèle un mal plus profond : une asymétrie de plus en plus lourde entre l’offre et la demande. Le ratio global du marché s’établit désormais à 1 action demandée pour 5,3 offertes. Le cas de la SAFACAM est symptomatique de ce dialogue de sourds : 231 titres sont recherchés à l’achat sans aucun vendeur en face. À l’inverse, la SCG-Re (réassurance) et La Régionale saturent le côté « vente » avec respectivement 1 231 et 353 titres orphelins de preneurs. Faute d’animateurs de marché (market makers) capables de fluidifier ces lignes, la BVMAC reste un carcan où les ordres s’accumulent sans jamais se rencontrer.
Le silence persistant de l’obligataire
Le compartiment de la dette ne déroge pas à cette léthargie. Malgré un encours colossal de 1 305,3 milliards FCFA, aucune transaction n’a été enregistrée pour la septième séance consécutive. On note pourtant l’apparition en carnet d’une nouvelle offre de 250 titres de l’État du Cameroun (ECMR7) à 100 % du nominal. Mais l’appétit des investisseurs institutionnels pour le buy-and-hold (conservation jusqu’à l’échéance) fige les 31 lignes obligataires, privant le marché secondaire de toute dynamique d’arbitrage malgré des rendements nets attractifs allant jusqu’à 7,5 %.
Les OPCVM comme unique fenêtre de tir
Dans ce paysage grippé, le salut vient de la gestion collective. Les OPCVM confirment leur statut de refuge pour l’épargne régionale. Les données hebdomadaires montrent des progressions soutenues : le FCP Atlantique Performance consolide sa hausse historique à +49,02 %, tandis que le FCP Makeda Horizon gagne 0,25 %. En captant les flux que la bourse physique ne sait plus drainer, ces fonds offrent la liquidité que le fixing quotidien refuse encore aux investisseurs. Pour Douala, l’urgence n’est plus de transiger davantage de SOCAPALM, mais de réveiller enfin les titres dormants de la côte.

