Les écrans de la salle des marchés de Douala n’ont affiché qu’une seule couleur ce jeudi : celle de l’immobilité. Pour toute activité transactionnelle, les investisseurs n’ont pu se mettre sous la dent qu’un maigre lot de 58 actions Safacam, échangées à leur cours de référence de 30 000 francs CFA. Ce flux unique, d’une valeur totale de 1,74 million de francs CFA, constitue à lui seul l’intégralité du volume traité pour une zone monétaire regroupant six États. Cette maigre pitance transactionnelle souligne une fois de plus la fragilité d’un écosystème boursier qui semble fonctionner à l’économie.
Le carnet d’ordres comme symptôme d’un blocage structurel
Pourtant, l’absence de transactions ne signifie pas une absence d’intérêt. L’analyse détaillée du carnet d’ordres montre une demande qui ne demande qu’à s’exprimer. Pour la Société des Eaux Minérales du Cameroun (SEMC), 78 titres étaient activement recherchés par les acheteurs, tandis que la Socapalm affichait une demande de 199 actions. Si ces intentions sont restées lettre morte, c’est en raison d’un écart de prix persistant entre les ordres d’achat et les offres de vente. Les vendeurs potentiels, souvent des actionnaires de long terme, maintiennent des seuils de sortie élevés que le marché central, faute de catalyseurs, refuse pour l’instant d’honorer. Ce dialogue de sourds entre les deux bords du carnet d’ordres témoigne d’un manque criant de teneurs de marché dont le rôle serait précisément de fluidifier ces échanges en apportant la contrepartie nécessaire.
L’immobilisme persistant du compartiment de la dette
Du côté du marché obligataire, le constat demeure plus rigide. Malgré un encours de titres de dettes souveraines et privées culminant à 1 423 milliards de francs CFA, aucune des trente-trois lignes cotées n’a enregistré le moindre mouvement de prix ou de volume. Ni les obligations du Trésor camerounais, ni celles du Gabon ou de la BDEAC n’ont réussi à briser la glace. Le marché secondaire de la dette en zone CEMAC souffre de la prédominance des stratégies de conservation des titres jusqu’à leur maturité. Les investisseurs institutionnels, principalement les banques et les compagnies d’assurances, préfèrent percevoir les coupons plutôt que de négocier leurs positions, privant la place financière d’un dynamisme indispensable à la gestion active des portefeuilles.
La résilience des fonds communs de placement
Dans cette atmosphère de stagnation, la seule note d’optimisme provient de la gestion collective. Les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) parviennent à tirer leur épingle du jeu. Les sociétés de gestion comme Africa Bright Asset Management ou Harvest Asset Management affichent des valeurs liquidatives orientées à la hausse sur la plupart de leurs fonds. Le FCP AB Avenir enregistre par exemple une progression de 0,08 % sur sa dernière période de calcul, tandis que d’autres fonds obligataires et diversifiés maintiennent des performances annuelles solides depuis leur origine. Cette vitalité relative des OPCVM montre que si le marché central est grippé, l’épargne régionale continue de circuler via des véhicules de placement plus flexibles et mieux diversifiés.
En l’état, la BVMAC semble suspendue à l’annonce de nouveaux dividendes ou à d’éventuelles réformes sur la cotation en continu pour espérer un regain d’activité. Tant que le flottant réel restera limité et que les émetteurs ne multiplieront pas les actions de communication financière, la place de Douala risque de s’enfermer dans ce cycle de séances blanches où l’indice ne bouge que par la force de l’habitude.

