Le marché financier régional vient de livrer une séance en trompe-l’œil. Tandis que la veille, la Socapalm jouait les locomotives, la séance du jour a vu le titre Safacam sortir de sa torpeur technique. Pour la première fois depuis plusieurs cycles de cotation, un terrain d’entente a été trouvé entre l’offre et la demande pour l’échange de 27 actions au prix unitaire de 33 000 FCFA. Ce volume transigé de 891 000 FCFA, bien que dérisoire en valeur absolue, marque la fin d’un bras de fer psychologique sur cette valeur où les positions de prix commençaient enfin à converger.
La gestion collective capte la croissance du marché agro-industriel
De l’autre côté de la cote, les thermomètres de la gestion collective s’affolent. Le Bulletin Officiel de la Côte n° 2472 révèle que le FCP Harvest Actions CEMAC a vu sa valeur liquidative s’apprécier de 3,26 % lors de sa dernière période de valorisation, atteignant 133 284,23 FCFA. Cette performance porte la croissance du fonds à plus de 33 % depuis sa création. Ce chiffre confirme que les investisseurs captent désormais la richesse du sous-jacent agro-industriel via des intermédiaires spécialisés plutôt que par des achats directs sur le marché central.
Cette dualité souligne le paradoxe d’une bourse où les intentions ne se transforment pas toujours en actes. Sur la ligne Socapalm, le carnet d’ordres est en surchauffe avec 169 acheteurs qui se bousculent face à seulement 5 vendeurs, sans qu’aucune transaction ne soit validée. Ce blocage technique, né d’un écart persistant entre les prix demandés et offerts, maintient la capitalisation boursière à 504,54 milliards de FCFA. Si Safacam a réussi à briser la glace ce mercredi, le marché reste structurellement assoiffé de papier frais, forçant les gérants de portefeuilles à une sélectivité drastique pour maintenir leurs rendements.
Un compartiment obligataire atone face à des fonds monétaires records
Le compartiment obligataire demeure le parent pauvre de la liquidité régionale. Malgré un encours colossal de 1 422,37 milliards FCFA, aucune ligne souveraine ou privée n’a enregistré de mouvement. Les investisseurs institutionnels conservent jalousement leurs titres, à l’instar des obligations d’État du Cameroun (ECMR) ou du Gabon dont les prix restent inchangés. Cette léthargie du marché secondaire de la dette contraste violemment avec la vitalité des fonds monétaires comme le FCP ASCA Liquidités, qui affiche une performance cumulée historique de 45,49 %, ou le FCP Ecobank Monétaire CEMAC en progression constante.
Cette séance est le signe manifeste d’un marché en pleine mutation. La BVMAC n’est plus seulement un lieu de cotation directe mais devient le socle d’une industrie de la gestion collective de plus en plus robuste. Le dynamisme des OPCVM, à l’image du FCP AB Avenir qui progresse de 24,14 % depuis son origine, offre une alternative crédible à la paralysie des transactions directes. La capacité des fonds à absorber la volatilité des valeurs phares pour la transformer en performance régulière est désormais le véritable moteur de la place financière de Douala.
L’enjeu des prochaines semaines sera de déterminer si le déblocage symbolique de Safacam peut faire tache d’huile sur les autres valeurs telles que Bange ou La Régionale. Tant que la fluidité ne reviendra pas sur le marché central, les fonds de placement continueront de jouer le rôle de marché de substitution. Ils offrent ainsi aux épargnants une porte d’entrée rémunératrice dans une économie régionale qui cherche encore son point d’équilibre boursier définitif.


