L’Assemblée générale ordinaire du Port autonome de Kribi (PAK), tenue le 24 juin 2026 à Yaoundé sous la présidence de Gilbert Didier Edoa, a entériné des résultats comptables solides pour l’exercice clos au 31 décembre 2025. Le chiffre d’affaires ressort à 38,9 milliards de FCFA, en progression d’environ 10 % par rapport aux 35,3 milliards de l’exercice 2024. Le résultat net s’établit à 4,01 milliards de FCFA, en hausse de 16 %, tandis que le total bilan atteint 194,8 milliards de FCFA.
Ces chiffres s’inscrivent dans une trajectoire de croissance ininterrompue depuis le démarrage commercial du port en mars 2018. En 2024, le PAK avait déjà enregistré un chiffre d’affaires de 35,3 milliards de FCFA (en hausse de 24 % sur l’année précédente) et un résultat net de 3,45 milliards de FCFA, portés par un volume de trafic de 12,7 millions de tonnes contre 10,7 millions en 2023. L’exercice 2025 confirme et amplifie cette dynamique.
Le saut qualitatif de 2025 est directement imputable à la montée en puissance du second terminal à conteneurs. Mis en exploitation le 9 mai 2025, ce deuxième terminal dispose d’un linéaire de quai de 715 mètres, le double du premier, et permet au port de tripler ses capacités en seulement sept ans d’existence.
L’effet sur les volumes a été immédiat. Le trafic conteneurisé s’est hissé à 555 398 équivalents vingt pieds (EVP), soit 37,5 % de parts de marché national, avec un bond de 82 % en un an selon Kribi Conteneurs Terminal (KCT), pour un tonnage global de 12,7 millions de tonnes, en progression de 19 %.
La mise en service de la Phase 2 en mai 2025 a agi comme un accélérateur de flux. Le linéaire de quai du terminal à conteneurs est passé de 350 à 1 065 mètres, permettant l’accostage simultané de plusieurs navires, dont des mastodontes comme le MSC Türkiye, un porte-conteneurs de 400 mètres de long.
Au-delà de ses propres comptes, le PAK s’affirme comme un levier de mobilisation de recettes publiques. Avec 350 milliards de FCFA de recettes douanières mobilisées au profit de l’État sur l’exercice, le port s’impose comme un contributeur souverain de premier plan. Entre 2018 et 2025, le montant total des droits de douane perçus au PAK s’élève à 1 228 milliards de FCFA, avec un objectif budgétaire fixé à 400 milliards de FCFA pour l’année 2026.
Le succès commercial porte en lui ses propres limites. Un an seulement après l’inauguration de la Phase 2, les infrastructures affichent un taux de saturation préoccupant de 60 %. Pour y répondre, le PAK et son partenaire KCT passent à l’offensive immédiate. Dès juillet 2026, de grands travaux d’extension vont démarrer, confiés au constructeur chinois CHEC pour un investissement compris entre 16,3 et 19,6 milliards de FCFA.
Ces travaux consisteront à aménager 8 hectares de surfaces de stockage supplémentaires, portant la capacité statique du terminal de 24 000 à 34 000 EVP et la capacité dynamique annuelle de 820 000 à 1,2 million d’EVP. L’objectif est de franchir sereinement le cap du million d’EVP visé entre 2027 et 2028.
Rail, hydrocarbures, zone industrielle
L’urgence d’extension coexiste avec des projets de plus longue portée. Le 4 juin 2026, un mémorandum d’entente a été signé pour le développement de la ligne ferroviaire Édéa-Kribi-Lolabé-Campo, en réponse à la pression croissante exercée sur l’axe routier qui constitue aujourd’hui la principale voie d’évacuation des 12,7 millions de tonnes traitées annuellement.
La Phase 3 du projet prévoit la construction d’un terminal minéralier et d’un terminal hydrocarbures, dont les travaux devraient démarrer respectivement en 2027 et 2028, pour soutenir l’exportation des ressources minières stratégiques du Cameroun et de la sous-région. Dans cette perspective, le PAK et la Société camerounaise des dépôts pétroliers ont effectué en juin 2026 une visite du site d’implantation du futur terminal à hydrocarbures, projet destiné à faire de Kribi un hub énergétique majeur en Afrique centrale.
En huit ans d’existence, le port en eau profonde de Kribi a accompli une mue que peu d’infrastructures portuaires africaines ont réalisée aussi rapidement. La question qui se pose désormais n’est plus celle de la montée en puissance, mais de la capacité du pays à accompagner, par les investissements, la connectivité terrestre et la gouvernance, un actif dont la croissance dépasse aujourd’hui les capacités qu’on lui avait initialement dessinées.


