Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais à la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC), une centaine d’actions échangées suffisent à transfigurer un compartiment. La séance de cotation du lundi 15 juin 2026 s’est achevée sur une hausse spectaculaire de l’indice BVMAC All Share Index, en progression de 3,79% à 1 163,23 points. Cette performance, qui valorise théoriquement le marché des actions à 1 820,7 milliards de FCFA de capitalisation boursière contre 1 702,8 milliards lors de la précédente clôture, dissimule pourtant une rigidité persistante des liquidités.
Le moteur exclusif de cette appréciation macroéconomique s’appelle BGFI Holding Corporation. Un bloc mineur de 100 actions a trouvé preneur au prix unitaire de 90 000 FCFA, actant un bond de 9,75% par rapport à son cours de référence de 82 001 FCFA. Cette opération unique de 9 millions de FCFA a mécaniquement propulsé la capitalisation du groupe et, par effet de capillarité, celle de la place de Douala. Mais derrière ce sursaut technique, la réalité du terrain reste pourtant celle d’un marché à l’étroit. Le volume global des transactions du jour sur le compartiment des actions culmine à peine à 10,166 millions de FCFA pour seulement deux transactions effectives.
Outre BGFI HC, seule la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) a vu quelques-uns de ses titres changer de mains : 22 actions échangées au prix stable de 53 000 FCFA, générant un flux mineur de 1,166 million de FCFA. Pour les cinq autres émetteurs du compartiment, le statu quo demeure. Sur des valeurs industrielles et d’assurance majeures comme Safacam ou SCG-Ré, l’intérêt est réel : 384 actions étaient demandées sur la première et 11 du côté de la seconde. Les vendeurs, de leur côté, affichaient respectivement 143 et 757 titres disponibles. L’incompatibilité stricte entre les exigences de prix des vendeurs et les propositions décotées des acheteurs fige les positions et pénalise la liquidité immédiate du marché.
Cette déconnexion est encore plus flagrante sur le front de la dette. Le compartiment obligataire n’a enregistré aucune transaction au cours de la séance. Les investisseurs institutionnels continuent de se regarder en chiens de faïence. Les 33 lignes obligataires de la cote, qu’elles soient souveraines, régionales ou privées, affichent un calme plat, maintenant l’encours global des dettes inchangé à 1 397,9 milliards de FCFA. Les velléités de transaction existent pourtant, à l’instar de l’État du Cameroun dont la ligne « ECMR 6,25% NET 2022-2029 » conserve une demande en carnet de 1 000 titres, ou d’Alios Finance qui affiche une offre de 17 700 titres sur sa ligne « ALIOS-05 ». En attendant que l’offre rencontre la demande à un prix d’équilibre, la place de Douala continue de vivre au rythme des arbitrages de ses rares poids lourds.

