Le Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA) franchit un nouveau cap dans son expansion africaine. Une délégation de cadres et d’ingénieurs du groupe est arrivée à N’Djamena au début du mois de juin 2026 pour entamer la collecte des données techniques, économiques et logistiques nécessaires à l’implantation d’unités de broyage de clinker sur le territoire tchadien. Ces unités seraient approvisionnées en matières premières depuis les gisements algériens. Le ministère tchadien du Commerce et de l’Industrie pilote le dossier réglementaire à travers une feuille de route sectorielle articulant les phases opérationnelles à court, moyen et long terme.
Ce rapprochement industriel s’enracine dans une séquence diplomatique récente. Les deux gouvernements ont tenu une première rencontre ministérielle à Alger en décembre 2025, suivie en janvier 2026 d’une séance de travail en marge du Salon international des mines, des carrières et des hydrocarbures à N’Djamena, en présence du PDG de GICA, Rabah Guessoum. Les deux parties ont alors convenu de conclure un protocole d’accord définissant le cadre général de la coopération.
Un marché sinistré en quête de capacités
Pour N’Djamena, l’urgence est réelle. La production nationale de ciment s’est effondrée ces dernières années sous l’effet conjugué de défaillances énergétiques, de problèmes d’équipement et de mauvaise gouvernance. La Société nationale de ciment, dont l’usine est implantée à Baoré dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, a vu sa production passer de 170 000 tonnes en 2021 à seulement 10 000 tonnes en 2023, avant d’être privatisée en février 2026 au profit du groupe marocain CIMAF, qui a repris 70 % du capital pour 36,5 milliards de FCFA sous le nom CIM-TCHAD.
La cimenterie de Lamadji, détenue par le groupe CIMAF et dotée d’une capacité théorique de 700 000 tonnes par an, ne parvient pas davantage à couvrir l’écart entre l’offre disponible et une demande en forte croissance. Le résultat est visible sur les marchés : le sac de ciment de 50 kg, vendu entre 8 000 et 8 500 FCFA il y a encore peu, a atteint 12 000 à 13 000 FCFA lors des dernières pénuries.
Face à ce tableau, GICA représente un partenaire de poids. Premier producteur de ciment en Algérie, le groupe public dispose de 14 cimenteries pour une capacité annuelle de 19,5 millions de tonnes. Son entrée au Tchad consoliderait l’axe Alger-N’Djamena par des flux stables de clinker et un transfert de savoir-faire industriel, tout en offrant au groupe algérien un nouveau débouché pour ses excédents de production.
Lovely ZANG

