Face à leur vulnérabilité structurelle, les acteurs de l’hôtellerie et de la restauration camerounaises misent sur la mutualisation. Le 12 mai 2026 à Douala, le Syndicat patronal des industries hôtelières et du tourisme (SPIHT) et Intrade Assurances Cameroun ont officialisé un partenariat introduisant une offre groupée de trois produits d’assurance sur mesure. L’accord traduit concrètement les engagements pris lors de la révision de la Convention collective nationale du secteur, signée le 3 mars 2025, qui impose un renforcement de la couverture santé et de la prévoyance pour un personnel souvent exposé et faiblement rémunéré.
Le premier produit, « SPIHT Care », est une police de couverture maladie collective remboursant 80 % des frais médicaux. Les primes négociées s’établissent à des niveaux jusqu’ici inobservés sur le marché. 25 000 FCFA par an pour un adulte, et 20 000 FCFA par enfant pour le personnel d’exécution (Groupe 1), avec un plafond annuel de prestations de 500 000 FCFA dans les structures publiques et confessionnelles.
Pour les cadres et promoteurs (Groupe 2), le plafond double à un million de FCFA, avec un accès élargi à toutes les structures de soins et des primes individualisées allant de 71 918 FCFA pour un enfant à 133 562 FCFA pour les assurés de 60 ans et plus.
Ces tarifs sont toutefois conditionnés. Intrade Assurances n’activera la police qu’à partir d’un seuil minimal de 500 assurés agrégés via le syndicat, et ce, avant le 30 juin 2026.
L’enjeu est considérable dans un pays où la couverture médicale effective n’atteindrait qu’entre 6 % et 9 % de la population, selon des données d’Afrobarometer et d’International Santé. Dans ce contexte, l’accès à l’assurance maladie touche directement à la productivité des entreprises, bien au-delà de la seule obligation sociale.
Prévoyance décès et responsabilité civile
Le deuxième produit, « SPIHT Obsèques », garantit le versement d’un capital en cas de décès de l’employé ou de ses ayants droit. Les montants couverts s’échelonnent de 500 000 à 2,5 millions de FCFA, pour des cotisations annuelles comprises entre 4 000 et 15 000 FCFA. Un délai de carence de quatre mois s’applique pour les décès liés à une maladie, tandis que la couverture est immédiate en cas d’accident.
Le troisième volet s’attaque au risque d’exploitation. Une assurance Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) groupée, dont la souscription est pourtant obligatoire depuis l’article 21 de la loi n° 2016/006 du 18 avril 2016, sous peine de suspension d’agrément, mais dont le taux de respect reste faible sur le terrain.
Pour rendre cette obligation financièrement accessible, Intrade a segmenté les primes en trois paliers selon le chiffre d’affaires. Un établissement réalisant moins de 100 millions de FCFA paiera une prime annuelle de 244 463 FCFA en tarif groupe, contre 423 338 FCFA en souscription individuelle.
Pour la tranche comprise entre 100 et 300 millions de FCFA, la prime de groupe s’établit à 363 713 FCFA, tandis que les structures au-delà de ce seuil bénéficient d’un tarif préférentiel fixé à 482 963 FCFA. Le DG d’Intrade Assurances, Josué Aimé Koum, a rappelé l’importance de protéger le patrimoine des établissements face aux recours de tiers pour incidents domestiques ou intoxications alimentaires.
La présidente du SPIHT, Chantale Lewat, résume l’enjeu : « cette solidarité inter-entreprises serait le seul levier capable de restaurer la confiance sociale tout en préservant la rentabilité des membres ». Les promoteurs hôteliers ont jusqu’à fin juin pour atteindre les seuils d’adhésion requis et donner une réalité économique à cet accord.

