La place boursière d’Afrique Centrale a brutalement retrouvé ses vieux démons le mardi 5 mai 2026. Le BVMAC All Share Index a clôturé à 1 074,32 points, retrouvant presque à l’unité près son niveau du 9 mars (1 074,33), date de la première grande secousse de l’année. Ce « retour à la case départ » annule en une seule séance le travail de siphonnage de l’offre entamé depuis deux mois. Entre ces deux dates, le marché avait pourtant montré des signes de maturité, porté par des volumes records à 69 millions de FCFA fin avril et une diversification des échanges. Mais la mécanique de l’étroitesse a repris ses droits : 16 actions Socapalm échangées à 50 000 FCFA ont suffi à raser l’édifice des espoirs printaniers.
La destruction de valeur est vertigineuse lorsqu’on la ramène à l’unité de titre. Avec une perte de 5 000 FCFA par action, Socapalm (qui pèse l’essentiel de la pondération indicielle), a amputé la capitalisation globale de 22,8 milliards FCFA. Le ratio est accablant. En effet, chaque titre cédé a contribué à détruire virtuellement environ 1,43 milliard de FCFA de valorisation théorique. Ce phénomène d’évaporation, corrélé à un repli de Safacam (10 titres à 30 000 FCFA), confirme que la performance de la zone CEMAC reste l’otage d’un duopole agro-industriel. Sans contrepartie acheteuse capable d’absorber ces flux, le flottant a lui aussi mécaniquement reculé de près de 4 milliards FCFA.
Le diagnostic technique montre le visage d’un marché qui souffre d’une hypertrophie de l’offre. Le carnet d’ordres post-clôture affiche un déséquilibre massif avec plus de 1 900 titres en attente de vente, de la SCG-Ré à La Régionale, contre seulement 48 demandes d’achat sur Safacam. Cette asymétrie fige le compartiment actions dans une spirale de méfiance, alors que le compartiment obligataire, fort de ses 1 387 milliards de FCFA d’encours, reste une mer d’huile désespérément calme.
Seul le secteur de la gestion collective (OPCVM) semble immunisé contre ce « mal de mer » boursier. Les fonds comme Cap Obligations ou AB Avenir qui ont enregistré dress progressions respectives de (+0,58%) et (+0,75%) continuent de croître, décorrélés des soubresauts du marché actions. Cette résilience souligne la dualité de la finance régionale. Celle d’une épargne longue qui fructifie sereinement sur la dette souveraine, face à un marché actions qui, tel Sisyphe, voit son rocher dévaler la pente à chaque tentative de sommet.

