Pendant près de quinze ans, entre 2006 et 2023, l’indice national de connectivité des transports maritimes (LSCI) du Cameroun s’est maintenu dans une fourchette de 60 à 75 points. La progression reste alors marginale et sans rupture significative.
En avril 2025, l’indice enregistre une variation brutale, passant de 65 à près de 100 points en l’espace d’un mois, soit une hausse de plus de 50 % sur une période de 30 jours. Ce mouvement correspond à l’entrée en service de la phase 2 du port de Kribi, dont les infrastructures permettent désormais l’accueil de navires de très grande taille, jusqu’à 400 mètres de longueur. En mars 2026, l’indice national atteint 105,39 points.
Sur la période 2023-2026, la progression de l’indice s’établit à +70 %, selon les données compilées par Pakazure à partir du Port Liner Shipping Connectivity Index (PLSCI) de l’UNCTAD.
Kribi à 165,14 points, Douala à 95,58
À l’échelle portuaire, l’analyse de Pakazure met en évidence un renversement de hiérarchie entre les deux principaux ports camerounais. Au premier trimestre 2026, le port de Kribi affiche un PLSCI de 165,14, contre 95,58 pour le port de Douala.
Sur la période 2018-2026, les trajectoires des deux ports divergent nettement à partir du premier trimestre 2025. L’indice de Douala suit une tendance baissière depuis 2018, tandis que celui de Kribi s’inscrit dans une progression continue depuis 2020, avant d’accélérer à partir du déclenchement de la phase 2.
Le PLSCI mesure six composantes à savoir le nombre de navires en escale hebdomadaire, la capacité déployée en EVP (équivalents vingt pieds), la connectivité directe vers d’autres ports sans transbordement, le nombre de services maritimes réguliers, la taille maximale des navires accueillis, et la diversité des compagnies maritimes opérant sur le port. L’entrée en service de la phase 2 de Kribi produit des effets sur l’ensemble de ces variables.
Le Cameroun entre dans le top 5 atlantique
En projection au premier trimestre 2026, la comparaison des indices PLSCI des principaux ports d’Afrique de l’Ouest et Centrale positionne Kribi au sixième rang régional, avec 165,14 points. Le port de Tanger Med (Maroc) domine ce classement avec un indice de 570,93 points. Suivent le port de Tema (Ghana) à 325,17, le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire) à 315,53, et le port de Lomé (Togo) à 291,31. Le port de Pointe-Noire (Congo) se situe à 200,59 points.
Le port d’Apapa (Nigeria) affiche un indice de 123,40 points, en dessous de Kribi (165,14) et de Douala (95,58). Le Cameroun dispose ainsi de deux ports dans ce classement régional de huit places, dont un dans la première moitié du tableau.
Cette configuration modifie les équilibres logistiques régionaux. Kribi se positionne comme un point d’accès aux routes maritimes mondiales pour les pays enclavés d’Afrique centrale, en concurrence directe avec les ports historiquement dominants de la façade atlantique africaine.
L’enjeu de la durabilité de la progression
L’évolution des indices PLSCI ne reflète pas uniquement des investissements en infrastructure. Elle traduit également la capacité des compagnies maritimes à intégrer un port dans leurs réseaux de rotation. La progression de Kribi suppose que les armateurs maintiennent et développent leur présence sur ce hub. Le niveau de 165,14 points ne constitue pas un palier acquis : il dépend du volume de trafic, de la régularité des services et de la compétitivité tarifaire du port.
Le cas de Douala illustre ce risque : son indice recule sur la période 2018-2026 malgré des volumes de trafic historiquement significatifs. La congestion portuaire, les délais de passage, et la concurrence des ports voisins figurent parmi les facteurs explicatifs de cette baisse.
L’analyse de Pakazure s’appuie sur les données de l’UNCTAD (CNUCED) couvrant la période 2006-2026, avec intégration de projections pour les données les plus récentes. Le PLSCI est calculé à l’échelle des ports individuels sur la base de six composantes opérationnelles interdépendantes.

