Depuis quelques semaines, les poissonneries de Douala et Yaoundé font face à une pénurie inédite de maquereau, variété prisée du panier ménager. Ce manque trouve son origine dans la crise géopolitique du Moyen-Orient, qui perturbe les routes maritimes internationales. Les grandes compagnies de transport maritime ont instauré début mars des « surtaxes de guerre » sur les conteneurs réfrigérés à destination de l’Afrique, de l’ordre de 1 000 $ l’unité, soit 561006 FCFA. Les tensions dans le détroit d’Ormuz et le passage de Bab-el-Mandeb ajoutent des retards et font monter les primes d’assurance. Dans ce contexte, les commandes importées de poissons sont retardées ou reportées, affectant directement l’approvisionnement local.
La dépendance du Cameroun aux importations de poisson accentue la vulnérabilité. Selon l’Institut national de la Statistique (INS), le pays a importé 267 259 tonnes de poisson congelé en 2025, soit 29 % de plus qu’en 2024, pour un coût de 230,8 milliards FCFA (hausse de 38 %). Or la demande intérieure est estimée à près de 500 000 tonnes par an, tandis que la production nationale restait limitée à environ 225 000 tonnes en 2024.
Ce déficit structurel, comblé par les achats à l’étranger, met à découvert la sécurité alimentaire : « La crise du Moyen-Orient se traduit pour le Cameroun par une menace immédiate sur l’accès à la première source de protéines animales des ménages », note Metchum Tayou, Experte Marketing & Stratégie, promotrice de la Fête du Poisson, « Ndema La Sue ».
D’un côté, les grossistes peinent déjà à remplir leurs stocks vidés par les retards, faisant flamber les prix. À Douala, certains revendeurs font état d’une hausse de l’ordre de 10 à 15 % du prix du poisson maquereau dans les derniers jours.
Face à cette situation, les pouvoirs publics insistent sur les alternatives. Les ministères concernés rappellent qu’une pêche biologique en Mauritanie (repos temporaire pour reproduction) et la diversité des espèces importées (safines espagnoles ou chiliennes, tilapia, etc.) peuvent partiellement compenser la carence. Cependant, pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse la conjoncture. Ils appellent à stimuler rapidement la production locale. La loi de 2024 et les récents décrets sectoriels ont créé un cadre incitatif pour les pisciculteurs et pêcheurs nationaux.
Des projets internationaux (coopération japonaise, partenariat avec la BAD) financent la construction de fermes piscicoles et la diffusion de géniteurs améliorés. Des experts recommandent par ailleurs d’améliorer la traçabilité sanitaire, de renforcer la chaîne du froid, d’encourager la numérisation de la filière (« fishtech ») et de structurer les artisans en coopératives. L’idée est de profiter de cette crise pour « structurer enfin une filière halieutique locale souveraine », selon Metchum Tayou.
En attendant, le monopole de fait d’importation (principalement assuré par Congelcam) reste un point critique pour la disponibilité. Le Cameroun dispose désormais des textes et financements nécessaires. Reste à les mobiliser pour qu’une pénurie actuelle ne devienne pas la norme.

