Le dynamisme entrepreneurial camerounais ne se dément pas. Avec 444 302 entreprises actives recensées par le MINPMEESA en 2024, le pays affiche une vitalité réelle. Pourtant, l’envers du décor est plus sombre. Selon l’Institut National de la Statistique (INS), environ 72 % des entreprises créées depuis 2010 ont disparu, la mortalité étant de 39 % plus élevée pour les Très Petites Entreprises (TPE) que pour les grandes structures.
C’est précisément dans cette « zone de turbulence » que se déploie la stratégie de Mboa Jeunes Créatifs. Avec déjà, « plus de 1 000 candidatures enregistrées en quelques semaines, dont 52 % portées par des femmes, actrices majeures qui créent 53,7 % des nouvelles unités artisanales au pays », souligne la cheffe du programme, Augustine Louvelle, Mboa jeunes créatifs répond à une urgence de structuration.
Passer de la « pépite » à l’actif bancable
Contrairement aux guichets classiques, le projet descend à la racine. « Nous visons des pépinières, des gens qui sont soit dans l’idée, soit en train de vouloir créer », explique Antoine Bitting, coordonnateur de la composante 3 du programme. L’enjeu est de transformer et structurer les métiers de proximité (couture, esthétique, numérique, mécanique) souvent logés dans l’informel (un secteur qui compte encore 3,7 millions d’unités de production au niveau national) en entreprises formelles.
Le choit de Douala et Yaoundé n’est pas fortuit. Ces deux métropoles concentrent une population jeune créative galopante qui peine à s’insérer. Si Douala affiche un taux de survie des entreprises de 58,65 %, Yaoundé stagne à 8,02 %, illustrant une volatilité que le programme souhaite corriger par une sélection rigoureuse.
Le mentorat comme police d’assurance
Sur l’ensemble des candidatures recueillies, 200 jeunes intégreront le parcours initial (phase dd sensibilisation), mais seuls 100 lauréats accéderont au financement et à l’incubation finale. Ces derniers bénéficieront d’un appui en équipement et d’un fonds de roulement, financé parle Fonds Équipe France (FEF). Mais aussi et surtout d’un suivi de proximité de 6 à 12 mois. Augustine Louvelle souligne que cette démarche vise l’autonomisation durable. « Un jeune qui bénéficie d’un financement et qui n’est pas accompagné a de fortes chances de ne pas aller très loin », prévient Antoine Bitting.
L’objectif est de garantir la viabilité de 70 % projets à moyen terme et leur capacité à générer des recrutements et des emplois nouveaux.
En connectant ces micro-entrepreneurs aux réseaux de mentors et aux mairies partenaires, le programme porté par le duo CED-IECD ne se contente pas de distribuer des fonds ; il tente de bâtir une nouvelle classe d’entrepreneurs capables de résister à l’adversité du marché camerounais. Son succès se mesurera à sa capacité à transformer ces 100 premiers projets en véritables leviers d’emplois locaux d’ici 2027.

