Le Plan National de Développement (PND) passe à la vitesse supérieure dans le secteur de l’énergie. Le gouvernement tchadien a annoncé vendredi dernier un investissement de 8,3 millions de dollars, soit environ 5 milliards de FCFA pour la construction de trois centrales hybrides solaire-diesel à Bongor, Bol et Biltine, respectivement situées au sud-ouest, ouest et est du pays. Soutenu par la BAD, ce projet marque un tournant dans la stratégie « Tchad Connexion 2030 » qui vise 60 % d’accès à l’électricité d’ici six ans.
L’enjeu de ces nouvelles infrastructures dépasse la simple fourniture de lumière. Il s’agit d’une réponse structurelle à une équation économique devenue intenable. Selon les données du dernier rapport ITIE (2021), l’État tchadien est contraint de fournir jusqu’à 252 000 litres de gazole par jour à la Société Nationale d’Électricité (SNE) pour faire tourner ses groupes thermiques. Cette dépendance au fuel pèse lourdement sur les finances publiques, avec des subventions et des dettes croisées estimées à plus de 38 milliards de FCFA annuels.
En combinant le photovoltaïque, la production thermique et le stockage par batteries, ces infrastructures vont garantir une fourniture stable d’électricité 24h/24, réduire drastiquement la consommation de gasoil, dont le coût et la logistique pèsent lourdement sur les finances publiques et stabiliser le coût du kilowattheure dans les villes secondaires.
Une urgence confirmée par le FMI
L’opportunité de cet investissement est d’autant plus évidente que le contexte macroéconomique se durcit. Dans son communiqué daté du 15 octobre 2024, le FMI alertait sur une inflation grimpant à 8,7 %, portée notamment par le « rééquilibrage des prix des carburants ». La mission du FMI, dirigée par Édouard Martin, avait explicitement encouragé les autorités à « contenir les transferts vers le secteur énergétique ». Les projets de Bongor, Bol et Biltine apparaissent donc comme la solution concrète aux recommandations des bailleurs de fonds : substituer une énergie importée et coûteuse par une ressource solaire locale et durable.
Au-delà des chiffres, c’est le tissu économique local qui est visé. L’arrivée d’une énergie fiable sécurisée à Bol, Bongor et Biltine, est le chaînon manquant pour mécaniser l’agriculture locale, sécuriser la chaîne de froid des services de santé et dynamiser le tissu des petites et moyennes entreprises (PME). En ciblant les villes secondaires, l’État affiche une volonté de déconcentration industrielle. Il est conscient que la réussite de « Tchad Connexion 2030 » ne se jouera pas seulement à N’Djamena, mais bien dans la capacité du pays à électrifier ses régions pour garantir une croissance inclusive.

