Le gouvernement gabonais joue la carte du soulagement immédiat. Pour six mois, les droits de douane, la TVA et la redevance de scanning disparaissent sur une liste étendue de produits essentiels à savoir : viande, poisson, riz, pâtes, huiles, sucre, mais aussi sur les matériaux de construction comme le ciment et le fer à béton. L’objectif affiché : freiner la spirale inflationniste qui grignote le pouvoir d’achat des Gabonais. Le ministère de l’Économie et des Finances l’a annoncé le lundi 16 février 2026 par voie de communiqué.
L’inflation annuelle moyenne a atteint 1,8 % fin septembre 2025, contre 1,4 % un an plus tôt, selon le ministère de l’Économie. Des chiffres modérés en apparence, mais qui masquent des tensions réelles sur les produits alimentaires, amplifiées par la spéculation et une offre domestique limitée. En ciblant également le secteur du bâtiment, Libreville espère stabiliser les loyers, évitant ainsi une contagion de la hausse des prix à l’immobilier. Pour garantir que cette manne ne s’évapore pas dans les poches des intermédiaires, les autorités agitent la menace de contrôles stricts et activent un numéro vert pour signaler les abus de prix. Cette mesure de court terme précède la mise en service, prévue pour avril prochain, d’une centrale d’achat nationale destinée à court-circuiter la spéculation par des importations directes.
Un équilibre budgétaire précaire
Ce renoncement fiscal intervient au pire moment pour le Trésor public. Le Gabon enchaîne les difficultés financières depuis plusieurs années. La production pétrolière, poumon économique du pays, a reculé de 4,3 % fin 2025, celle du gaz naturel de 1,7 %. Parallèlement, la dérive des dépenses de personnel et l’alourdissement de la dette publique dont les créances nettes ont bondi de 11,1 % en un trimestre réduisent les marges de manœuvre. Le gouvernement parle d’un « effort budgétaire substantiel » pour qualifier cet abandon provisoire de recettes.
Reste à savoir si la baisse des prix en rayons suffira à compenser le manque à gagner d’un État dont les recettes extractives s’étiolent. En attendant, le gouvernement fait le pari que six mois de répit suffisent à calmer les tensions sociales sans aggraver irrémédiablement les comptes publics. Un équilibre fragile, dans un pays où la marge de manœuvre budgétaire se réduit comme peau de chagrin.

