Après plus de vingt ans d’attente depuis le troisième recensement de 2005, le Cameroun s’apprête à effectuer un saut qualitatif vers la connaissance de son capital humain et économique. En effet, le quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (4ᵉ RGPH) entrera dans sa phase opérationnelle à compter du 24 avril prochain, et va s’étendre jusqu’au 29 mai 2026.
Pour mener à bien cette vaste entreprise statistique, les autorités ont lancé le recrutement de 32 059 agents recenseurs. Mais, l’originalité et l’ambition de l’opération résident ailleurs. Pour la première fois, le RGPH est étroitement couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE). Ainsi, l’agriculture et l’élevage, loin d’être relégués au second plan, constituent un volet central de l’exercice.
Cette mutualisation inédite, décidée dès 2019 et confirmée par le gouvernement, répond à un double impératif : optimiser les ressources et offrir une photographie exhaustive et cohérente de la réalité nationale. Un seul questionnaire, un seul agent par zone de dénombrement, une collecte simultanée des données démographiques, résidentielles et agro-pastorales.
La formule permettra de réduire les coûts tout en maximisant la pertinence des résultats. Le budget global, fixé à 13,28 milliards de FCFA (contre 64 milliards initialement projetés), témoigne de cette volonté d’efficience. « Nous passons d’une approche cloisonnée à une vision intégrée du développement », souligne-t-on de source interne au RGAE.
L’enjeu est majeur pour un pays où l’agriculture et l’élevage emploient près de 70 % de la population active et contribuent à environ 20 % du produit intérieur brut (PIB). Jusqu’ici, les statistiques agricoles reposaient sur des enquêtes ponctuelles ou sectorielles souvent lacunaires.
Désormais, les agents recenseurs recueilleront, auprès de chaque ménage et exploitation, des informations précises sur les superficies cultivées, les systèmes de production, le cheptel, les infrastructures d’élevage, les pratiques agro-pastorales et les contraintes rencontrées par les producteurs.
Les exploitations familiales, qui dominent le paysage rural camerounais, seront enfin pleinement cartographiées. L’agriculture et l’élevage ne sont donc pas en reste. Ils deviennent partie intégrante du recensement général, offrant aux décideurs des données fiables et désagrégées pour concevoir des politiques de sécurité alimentaire, de modernisation rurale et de lutte contre la pauvreté.
Une phase pilote couronnée de succès
La préparation de l’opération a été exemplaire. Une phase pilote couronnée de succès s’est déroulée d’octobre à novembre 2025 dans quatre localités représentatives des défis nationaux, à savoir : Bamenda 1 (Nord-Ouest), Fongo Tongo (Ouest), Buea (Sud-Ouest) et Mora (Extrême-Nord). Avec l’appui technique de l’UNFPA pour le volet lié à la population et de la FAO pour le volet agricole, 49 agents et superviseurs ont été formés aux outils numériques de collecte.
Cette expérience a validé une méthodologie innovante intégrant la combinaison de dénombrement classique via smartphones, d’images satellitaires et d’estimations par sondage. L’approche se révèle particulièrement adaptée aux zones difficiles d’accès, marquées par l’insécurité ou l’isolement géographique. Bien plus, elle garantit l’exhaustivité et la simultanéité requises par les normes internationales de recensement.
Le recrutement des 32 059 agents recenseurs, supervisé par l’Institut national de la statistique (INS) et les coordinations nationales, obéit à des critères rigoureux. Il faudra être de nationalité camerounaise, âgé entre 18 et 40 ans, disposer d’un niveau d’études minimum du baccalauréat, maîtriser l’outil informatique de base et disponible durant la période de dénombrement. Les candidatures ont afflué via la plateforme dédiée census-cameroon.com.
Pour assurer une rémunération rapide, transparente et sécurisée, l’INS a conclu, le 4 mars 2026, des partenariats stratégiques avec MTN et Orange Cameroon. Ces deux opérateurs de téléphonie mobile mettront leurs plateformes de mobile money au service du paiement électronique des plus de 30 000 agents et superviseurs mobilisés. « Un versement souple et fluide qui honorera l’engagement de chaque recenseur », a déclaré le directeur général de l’INS lors de la cérémonie de signature.
Au-delà des aspects logistiques, le 4ᵉ RGPH/RGAE revêt une dimension stratégique pour l’avenir du Cameroun. Les données collectées alimenteront directement la planification du développement, la révision des cartes électorales, la répartition des ressources budgétaires entre régions et communes, ainsi que le suivi des Objectifs de développement durable de la SND 30 et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Dans un contexte de croissance démographique soutenue, d’urbanisation accélérée et de vulnérabilité climatique, disposer d’une base statistique actualisée devient une condition sine qua non d’une gouvernance éclairée. Les secteurs agricole et d’élevage, véritables moteurs de la résilience économique, bénéficieront particulièrement de cette mise à jour à travers l’identification des zones à fort potentiel, l’évaluation des besoins en intrants et la conception de programmes d’appui ciblés aux jeunes et aux femmes rurales.
Des campagnes nationales de sensibilisation seront déployées dans les prochains mois afin de favoriser l’adhésion des populations. Chaque Camerounais, chaque exploitant agricole est appelé à collaborer pleinement car, la qualité des résultats dépendra de la confiance et de la franchise des réponses fournies. Les autorités ont également insisté sur le respect strict de la confidentialité des données individuelles, conformément aux principes éthiques et légaux régissant les opérations de recensement.
Vingt ans après le précédent exercice, le Cameroun va enfin se doter des outils statistiques modernes dont il a besoin pour affronter les défis du 21e siècle et opérer une planification inclusive et durable.

