L’annonce a secoué les places financières mondiales. Rio Tinto et Glencore ont entamé des discussions préliminaires en vue d’un rapprochement, estimé à plus de 200 milliards de dollars (environ 122 000 milliards de FCFA). L’information a été confirmée par Glencore dans un communiqué publié le 8 janvier 2025. Si Londres et Sydney scrutent les indices boursiers, Yaoundé doit observer cette manœuvre avec une vigilance stratégique.
Glencore au Cameroun : La fin d’un cycle pétrolier ?
Pour l’État camerounais, le dossier Glencore dépasse désormais les anciens scandales de corruption pour se heurter à une réalité géologique. Selon les données d’Investir au Cameroun, la production pétrolière attribuable au géant anglo-suisse dans le pays a chuté de 31 % sur les neuf premiers mois de 2025, s’établissant à 122 000 barils contre 176 000 sur la même période en 2024.
Cette érosion, causée par la maturité des champs du bassin du Rio del Rey (notamment le bloc Bolongo opéré par Perenco), suscite des interrogations au plan national : La fusion est-elle une porte de sortie élégante pour un Glencore souhaitant liquider ses actifs matures ? Ou, à l’inverse, la force de frappe financière de Rio Tinto permettra-t-elle d’investir dans les techniques de récupération assistée (EOR) pour stopper l’hémorragie des volumes ? Le risque est réel de voir les actifs camerounais relégués au rang de « scories » dans le bilan d’un mastodonte mondial.
Rio Tinto et ses ambitions minières au Cameroun
Le nom de Rio Tinto résonne encore à Edéa. Actionnaire historique d’Alucam, le groupe avait quitté le navire en 2014, laissant l’État seul face aux défis énergétiques de l’aluminier. Son retour indirect via Glencore change radicalement la donne pour le secteur extractif national.
Contrairement à Glencore, dont l’ADN est celui d’un trader, Rio Tinto est un bâtisseur d’infrastructures. Alors que le Cameroun s’apprête à lancer l’exploitation industrielle de ses gisements de fer (Kribi-Lobi, Mbalam-Nabeba) et de bauxite, l’expertise technologique de Rio Tinto pourrait être le catalyseur tant attendu. Toutefois, ce potentiel a un prix : celui d’une dépendance accrue envers un opérateur unique capable d’imposer ses conditions au-delà des frontières.
L’urgence d’une veille stratégique à Yaoundé
Le véritable danger réside dans l’asymétrie de pouvoir. Dans une fusion de cette envergure, les arbitrages se font dans les boardrooms feutrés de Londres, loin des réalités sociales du bassin de la Sanaga ou des côtes de Bakassi.
La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) et le Ministère des Mines ne peuvent rester spectateurs de ce remodelage de la géopolitique des ressources. L’État doit, dès à présent, anticiper pour exiger des garanties fermes sur le maintien des investissements et le transfert de technologies. Dans cette partie de poker mondial, le sous-sol camerounais ne sera pas épargné. Il faut donc savoir le jouer face à un géant en mutation.


