Le développement des infrastructures de transport constitue un levier central des stratégies économiques en Afrique subsaharienne. Entre 2011 et 2024, le Cameroun et la Côte d’Ivoire ont engagé des programmes de construction routière dont les trajectoires statistiques présentent des divergences notables en termes de linéaire, de rythme de progression et de coûts financiers.
L’année 2011 marque un point de départ pour les deux pays. En Côte d’Ivoire, le réseau routier bitumé s’élève alors à 6 514 kilomètres, tandis qu’au Cameroun, ce patrimoine se chiffre à environ 5 250 kilomètres. À cette période, la Côte d’Ivoire dispose d’un avantage initial de 1 264 kilomètres de bitume sur le Cameroun.
Treize ans plus tard, les données officielles indiquent un changement de hiérarchie quantitative. Le gouvernement ivoirien, dans un communiqué publié le 16 janvier 2026 que L’Economie a pu consulter, revendique désormais 8 500 kilomètres de routes bitumées, alors que les données issues des rapports annuels du Ministère des Travaux Publics (MINTP) du Cameroun et de l’Institut National de la Statistique (INS), font état de 10 576 kilomètres au terme de l’exercice 2024.
L’examen des rythmes de progression effectuée par la rédaction de L’Economie révèle une accélération plus marquée du côté camerounais. Le réseau bitumé du Cameroun a enregistré une croissance de 101,4 % sur la période, correspondant à un ajout net de 5 326 kilomètres. Cette dynamique représente une moyenne annuelle de 409 kilomètres de nouvelles routes.
En comparaison, la Côte d’Ivoire affiche une croissance de 30,5 %, soit un gain de 1 986 kilomètres de bitume, pour une moyenne de 152 kilomètres par an. Ces chiffres démontrent que le Cameroun a multiplié par deux son patrimoine routier bitumé là où la Côte d’Ivoire a privilégié une extension plus modérée du linéaire total.
Disparité sur les couts de financement
Dans son analyse, L’Economie s’est intéressé aux des coûts de réalisation de ces infrastructures. Les rapports de la Banque Mondiale et du Conseil d’Appui à la Réalisation des Contrats de Partenariat (CARPA) soulignent une disparité structurelle sans précédente. Au Cameroun, le coût moyen de construction d’un kilomètre de route nationale bitumée oscille entre 450 et 650 millions FCFA sur la période étudiée.
En Côte d’Ivoire, cette même unité de construction se maintient dans une fourchette de 250 à 350 millions FCFA. L’écart s’accentue sur le segment des infrastructures autoroutières. Les projets de type autoroutier au Cameroun, à l’instar de l’axe Kribi-Lolabé, présentent des coûts avoisinant 6 milliards de FCFA par kilomètre, alors que les standards ivoiriens pour des ouvrages similaires se situent autour de 3 milliards de FCFA.
Plusieurs facteurs expliquent ces variations de coûts. Les autorités camerounaises invoquent la nature du relief, la densité du réseau hydrographique et les contraintes liées à l’indemnisation des populations riveraines.
À l’inverse, les analyses techniques pointent la durée excessive des chantiers au Cameroun, laquelle engendre des intérêts moratoires et une hausse des frais de mobilisation des entreprises. Pourtant en Côte d’Ivoire, la stratégie de développement routier repose sur une concentration des investissements autour des pôles économiques importants et une maintenance proactive du réseau existant, limitant ainsi la nécessité de reconstructions lourdes.
La densité du réseau bitumé par rapport à la superficie territoriale apporte un éclairage complémentaire sur l’efficacité de ces politiques. Avec 8 500 kilomètres pour une superficie de 322 463 km², la Côte d’Ivoire affiche un ratio de 26,3 mètres de bitume par kilomètre carré. Le Cameroun, malgré un linéaire total supérieur de 10 576 kilomètres, présente un ratio de 22,2 mètres de bitume par kilomètre carré pour une superficie de 475 442 km². Cette différence de densité impacte directement la connectivité interne des territoires.
La part du bitume dans le réseau routier global reste un défi pour les deux administrations. Au Cameroun, les 10 576 kilomètres bitumés ne représentent que 8,7 % des 121 873 kilomètres du réseau total recensé en 2024. La Stratégie Nationale de Développement (SND30) fixe pour objectif d’atteindre un taux de bitumage de 10 % d’ici 2030. La Côte d’Ivoire, via son Plan National de Développement, maintient un effort soutenu sur la réhabilitation des axes dégradés afin de préserver l’actif routier national.
En substance, la période 2011-2024, étudiée par L’Economie, est marquée par une extension rapide du réseau bitumé au Cameroun, dépassant le linéaire ivoirien en volume total. Toutefois, la Côte d’Ivoire conserve un avantage sur la maîtrise des coûts de construction et la densité géographique de son réseau. Les deux pays font face à la problématique commune de la pérennisation des infrastructures par l’entretien routier, dont le financement demeure dépendant des ressources budgétaires nationales et des appuis des bailleurs de fonds internationaux.
| Pays | Kilométrage 2011 | Kilométrage 2024 | Progression (%) |
| Cameroun | 5 250 km | 10 576 km | + 101,4 % |
| Côte d’Ivoire | 6 514 km | 8 500 km | + 30,5 % |


