L’idée de la création d’une Bourse nationale des déchets (BND) au Cameroun est née en 2016. C’était lors d’une concertation intersectorielle, présidée par le ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, Hélé Pierre. Les assises qui avaient réuni à cette période, des participants venus de différentes administrations, des Collectivités territoriales décentralisées, de la société civile etc., portaient sur la mise sur pied d’une plate-forme physique et électronique pour la collecte, la vente, l’achat et la transformation des déchets solides.
Concrètement, il était question de créer un service mettant en relation l’offre et la demande des déchets susceptibles d’être valorisés après recyclage. La Bourse des déchets, au-delà de relever le niveau de collecte des déchets solides dans les villes camerounaises, est une grande niche d’emplois pour les jeunes. Par ailleurs, elle présente d’autres avantages : Création de plusieurs emplois verts, multiplication des contacts qualifiés pour la reprise des déchets et de faire jouer la concurrence… La Bourse c’est surtout créer un service où les déchets des servent de matières premières aux autres.
Seulement, le projet n’avance pas assez depuis l’annonce. Pourtant, ce n’est pas la matière qui manque. En effet, caractérisées d’une forte démographie, les villes camerounaises connaissent depuis un certain temps, une augmentation de la production des déchets solides. Les métropoles font malheureusement face à de faibles capacités d’aménagement urbain, ce qui entraine des problèmes de gestion des déchets solides au Cameroun.
Suivant une étude ( Kaza et al., 2018 ), le Cameroun génère 0,42 kg de déchets par habitant et par jour , soit un total d’environ 1 890 tonnes de déchets par jour à Yaoundé. Laquelle fait également savoir qu’environ 80,3 % des déchets solides se retrouvent dans les décharges à ciel ouvert, 19,3 % dans des décharges appropriées et seulement 0,4 % sont recyclés.
Le gouvernement mise sur la BND pour rattraper le gap. A date, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable invite les investisseurs à y souscrire des parts car, « c’est cet argent qui va faire fonctionner la bourse », a laissé entendre le Minepded, lors d’une réunion qu’il a présidée le 28 mars dernier. Certains ont souscrit, mais le quota ne semble pas encore atteint.
Ce qu’il reste à faire
« Nous pouvons déjà démarrer cette bourse », rassurait le Minepded en 2024. Il se basait ainsi sur les souscriptions effectuées à cette date. Le 15 avril 2024, le point sur l’actionnariat de ladite bourse a été effectué. On annonçait alors que l’Etat du Cameroun (actionnaire majoritaire), serait accompagné dans ce projet par des sociétés privées telles que Boissons du Cameroun, Eco green, Agro Bio Energy, Gmc et Sofamac, de même que les Collectivités territoriales décentralisées d’Ebolowa, Bafoussam et Maroua.
9 ans après l’évocation du projet, et 1 an après le point sur l’actionnariat, on attend toujours. Pierre Hele, ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable a tenu une réunion le 28 mars 2025. Lors des échanges, il a appelé les investisseurs à souscrire à la Bourse, ce qui devrait permettre de la lancer. Dans les colonnes de Cameroon Tribune, il précise que « beaucoup de mairies et d’autres acteurs économiques y ont déjà souscrit ». La mairie de la ville de Douala annonce avoir déjà pris des parts pour 20 millions de FCFA.
Des ordures inondent…
Si la Bourse n’est toujours pas opérationnelle, ce n’est pas pour défaut d’ordures. Ces dernières années, le Cameroun en a à profusion. Les villes pour la plupart, ont perdu de leur beauté. Elles étouffent, les ordures jonchent les rues, rendant parfois la circulation difficile.
Au-delà de la rentabilité qui pourrait en résulter, la Bourse est l’alternative qu’il faut « pour que nous ayons des villes propres ». Pour Hele Pierre, « si nous avons une institution qui a besoin des déchets pour les valoriser et fabriquer d’autres objets, je pense que c’est quelque chose de salutaire sur le plan sanitaire et économique », s’est-il exprimé dans les colonnes de Cameroon Tribune, édition du 1er avril 2025.
Sur le plan écologique, la Bourse devrait permettre de réduire l’empreinte environnementale des déchets sur les composantes environnementales, ce qui va favoriser la réduction de la pollution. Reste à présent que les investisseurs prennent des parts pour que la Bourse soit opérationnelle et que les villes respirent enfin.