CAN 2025, grandeur et décadence de l’Afrique
Ce qui était censé être une grande messe de l’Afrique a finalement tourné au cauchemar. Au-delà du résultat sportif, cette édition fut attendue sur les aspects d’organisations et d’infrastructures. Un challenge réussi mais avec des égratignures qui ont entaché le tableau final.
Tout au long d’un mois, vingt-quatre sélections africaines, et derrière eux des milliers de supporters et de journalistes, étaient au rendez-vous du plus important événement sportif du continent. Une CAN suivie de par le monde et un test grandeur nature sur les capacités organisationnelles de tout un continent.
Challenge réussi
La compétition a été organisée sur neuf stades dans six villes, et un stade d’entraînement pour chaque équipe participante ; une première en Afrique, avec une qualité irréprochable des infrastructures sportives. Par ailleurs, fort de son standing de première destination touristique en Afrique, le Maroc dispose des hôtels de classe mondiale, c’est ainsi que les délégations participantes ont toutes bénéficié d’un hôtel réservé pour usage exclusif, sans parler d’autoroutes et de TGV de rang mondial.
Restait à savoir si l’affluence allait suivre. A ce niveau, la proximité à l’Europe et la disposition d’une dizaine d’aéroports a permis à la diaspora africaine en Europe de faire le déplacement au Maroc dans les meilleures conditions. Résultat : record battu d’affluence à 1,2 millions de spectateurs.
Cet ensemble, et de l’avis de la presse africaine et mondiale, a mis cette compétition aux standards d’une coupe du monde, ce qui est en soi une fierté africaine. Sur le plan financier, la CAF a réalisé un jackpot en multipliant ses recettes par deux, par rapport à la CAN 2023 à la Cote d’Ivoire, à 200 millions de dollars. Le nombre de sponsors officiels est passé de 16 à 23 et les broadcasters de 67 à 111. En d’autres termes cette édition a pris une dimension financière sans précédent.

Fête gâchée
Si sur le plan organisationnel il y a eu une quasi-unanimité sur la qualité du produit, mais cette édition a curieusement été la cible de dénigrement avant même de démarrer. D’aucuns avaient développé la théorie de complot qui consistait que cette CAN 2025 serait remportée par le pays organisateur sans présenter la moindre preuve. Malheureusement, au fil des matchs, la moindre inattention des arbitres fut interprétée comme un complot contre telle ou telle équipe.
Une mauvaise foi affichée. Les choses allaient prendre de l’ampleur dès qu’on a atteint les phases éliminatoires. Cette bulle a créé une certaine tension perceptible dans les conférences de presse des sélectionneurs qui sont devenues pour certains des tribunes de pression sur les arbitres avec des allégations sans retenues ni preuves à l’appui. La CAF a pêché à ce niveau en feignant de voir ailleurs au lieu de protéger ses arbitres. Elle n’a même pas réagi quand elle a été directement pointée du doigt par certaines délégations, éliminées sur le terrain, en manque de fair-play. Tout cela a pesé sur l’ambiance générale de la grande finale qui a été brouillée par des déclarations incendiaires de la part du sélectionneur sénégalais qui, soudainement, n’appréciait plus ni les conditions d’hébergement, ni le niveau de sécurité déployée, ni l’aire d’entrainement …etc.
Tout cela pimenté d’allégations à connotation politique à peine voilée, pour arriver enfin au jour J avec une directive : gagner ou mettre la fête sens dessus dessous ! La suite le monde entier l’a suivie avec stupéfaction : retrait de l’équipe nationale sénégalaise et au même moment des scènes de violence graves perpétrées par des supporters sénégalais. Dès lors, il n’y avait plus de football.
Leçons pour l’histoire
Devant ce chaos, l’Afrique a hélas démontré pourquoi son instance dirigeante, la CAF, est la seule institution continentale au monde à être mise sous tutelle de la FIFA. Les africains ont raté une occasion pour montrer au monde entier que notre continent est désormais apte à organiser les manifestations sportives internationales les plus prestigieuses. On s’est tiré plusieurs balles aux pieds pour de petits calculs politiciens téléguidés sur lesquels d’aucuns ont malheureusement tombé les deux pieds joints.
D’ailleurs, cela n’a pas pris plus de trois jours que le président de la fédération espagnole est sorti pour déverser son venin sur le continent africain. Il n’y va pas par quatre chemins en annonçant unilatéralement que vu les incidents qui ont émaillé la finale de la CAN 2025, ce sera en Espagne où se jouera la finale de la coupe du monde 2030 ! Pourtant, une décision du ressort exclusif de la FIFA !
Un désaveu à la CAF et à tout un continent. D’ailleurs l’ancien entraîneur Arsène Venger, aujourd’hui conseiller à la FIFA avait laissé glisser une phrase lourde de sens : « l’organisation de la CAF 2025 n’a rien à envier à la dernière coupe du monde Qatar 2022, mais j’ignore pourquoi les africains tiennent à se tirer vers le bas » ! Quant au Maroc, il n’est un secret pour personne que le football, un levier de soft power, fait l’objet d’un projet à moyen et long terme, dont la CAN n’est qu’une seule pièce d’un grand puzzle.
Un projet qui commence déjà à donner ses fruits : champion du monde U20 il y a 3 mois. Champion coupe arabe 2025. Champion CHAN 2025. Médaille de bronze olympique 2024. Sans parler des CANs en catégories inférieures et l’émergence du football féminin. D’ailleurs, ce soir, l’équipe marocaine féminine ASFAR affrontera à Londres Arsenal en demi-finale de la coupe du monde des clubs, représentant le continent africain !
SAMIR CHAOUKI, Président de Omega Think-tank


