Alors que la production cotonnière tchadienne a été divisée par deux en une seule campagne, le gouvernement mise sur un programme d’envergure pour stabiliser la filière. Le ministère de la Production et de l’Industrialisation agricoles a officiellement lancé le Projet de développement agricole et territorial du bassin cotonnier du Tchad (DEBACO), doté d’un budget de 12,69 milliards de FCFA (19,35 millions d’euros), entièrement financé par l’Agence française de développement (AFD). Le programme court sur cinq ans.
Une approche intégrée, au-delà du seul coton
Le projet ne se limite pas à la filière industrielle. Si le coton en reste le pivot, DEBACO intègre un volet vivrier explicite : maïs, sorgho, niébé et arachide bénéficieront de financements pour renforcer la sécurité alimentaire des populations des zones d’intervention. Le programme prévoit également de structurer la gestion du foncier agricole, planification des terres, délimitation et sécurisation des couloirs de transhumance, afin de prévenir les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs, en instaurant des cadres locaux de dialogue.
Les investissements seront concentrés sur le Mayo-Kebbi Ouest et le Moyen-Chari, deux provinces qui représentent à elles seules près de 25 % de la production cotonnière nationale, selon les données du Département américain de l’Agriculture (USDA). Le Tchad occupe la deuxième place des producteurs de coton en Afrique centrale, derrière le Cameroun, mais la filière souffre depuis plusieurs saisons d’une instabilité technique et climatique persistante.
Une production en montagnes russes
Les chiffres du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) illustrent l’ampleur du défi. Après une hausse de 9 % en 2023/2024, avec une récolte de 111 262 tonnes de coton-graine, la campagne suivante a enregistré un effondrement de près de moitié, à 57 774 tonnes. Les projections pour 2025/2026 tablent sur un rebond de 29,8 %, ramenant la production à 75 000 tonnes. L’enjeu central de DEBACO sera de lisser ces cycles erratiques pour inscrire la filière tchadienne sur une trajectoire de croissance durable.

