Paul Biya, Président de la République a signé le 11 mai 2026, un décret habilitant Alamine Ousmane Mey, Ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire à signer avec la Société islamique de financement du commerce (ITFC), filiale du Groupe de la Banque islamique de développement (BID), un accord de financement Murabaha d’un montant n’excédant pas 193 millions d’euros, soit 126,5 milliards de FCFA. Ce financement servira à importer les produits pétroliers de la Société nationale de raffinage du Cameroun (Sonara).
Ce nouvel emprunt en vue va davantage alourdir la dette de l’Etat qui s’est établi à 15 416 milliards de FCFA au 31 mars 2026. Soit une hausse de 6 % sur un an, selon les chiffres de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), publiées vendredi 15 mai dernier. Depuis l’incendie qui a ravagé le 31 mai 2019 les installations de la Sonara, elle ne produit plus. Elle doit recourir à un mode de financement alternatif pour importer des produits pétroliers sur un marché local dont elle doit assurer 80% des besoins. Le mode d’approvisionnement de la Sonara consiste en des appels d’offres tous les trois mois en direction des traders internationaux.
Il faut souligner qu’en 2022, la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC) avait déjà débloqué un prêt de 54,8 milliards FCFA en faveur du Cameroun, toujours pour soutenir les opérations d’importation de produits pétroliers, jouant ainsi un rôle primordial dans le maintien de la chaîne d’approvisionnement pétrolière du Cameroun.
L’importation des produits pétroliers représente une charge financière majeure pour le Cameroun. Elle a atteint 788,4 milliards FCFA en 2025, contre 974 milliards de FCFA en 2024, soit une réduction de 19,1% liée à la baisse des cours mondiaux du raffinage. Depuis l’incendie de la SONARA en 2019, le pays importe la totalité de ses produits finis (carburants, lubrifiants).
Les principaux fournisseurs du Cameroun en carburants
Pour son approvisionnement en carburant, le pays se tourne vers plusieurs fournisseurs. Parmi eux : la Belgique (36%), des USA (9%), de l’Inde (8,5%), de la Grande-Bretagne (6,4%), et de l’Espagne (2,7%). Le Cameroun s’approvisionne aussi en Corée (6,8%), au Brésil (5%), et surtout au Nigéria (18%) et au Togo (7%). Des approvisionnements à la note salée. En 2024 par exemple, les importations de carburants et de lubrifiants ont coûté 974 milliards de FCFA à l’Etat. Un an plus tard, la facture a régressé, mais reste tout aussi importante avec un montant de 788 milliards de FCFA.
Des années plus tôt, notamment sur la période 2020-2023, les importations de carburants et lubrifiants ont considérablement augmenté jusqu’à atteindre 1 128 milliards de FCFA en 2023, après 1 049 milliards de FCFA en 2022, 614 milliards de FCFA en 2021 et 529 milliards de FCFA en 2020. Depuis 2024, elles baissent progressivement pour s’établir à 788 milliards en 2025, du fait de la diminution des cours du pétrole.
Avec le conflit au Moyen-Orient et le blocus du détroit d’Ormuz qui perturbe l’approvisionnement mondial en carburant, le Cameroun entend se tourner vers Dangote pour sécuriser ses approvisionnements. C’est du moins ce qu’a révélé la Division de la Prévision du Ministère des Finances, dans un document intitulé : « Le conflit iranien et l’économie camerounaise », récemment publié par la Direction générale du Budget (DGB).
L’option Dangoté n’est pas seulement explorée par le Cameroun. D’autres pays africains y ont pensé bien avant. Ghana, Afrique du Sud ou encore le Kenya se seraient également tournés vers le Nigeria notamment la raffinerie Dangote Group, pour sécuriser leurs approvisionnements en carburants et contourner la crise énergétique.

