Le Cameroun entend consolider son positionnement dans la compétition mondiale pour l’attraction des capitaux. Depuis juillet 2025, le pays s’est doté d’une nouvelle ordonnance relative à l’incitation aux investissements, conçue pour corriger les insuffisances du dispositif législatif de 2013 et renforcer l’attractivité de son environnement des affaires. C’est dans ce cadre que l’Agence de promotion des investissements (API) a organisé, le 8 mai 2026 à Yaoundé, un atelier de sensibilisation destiné aux opérateurs économiques, présidé par son directeur général par intérim, Donatus Boma.
« Le Cameroun demeure une terre d’opportunités », a affirmé ce dernier, soulignant la volonté des pouvoirs publics d’orienter les flux d’investissement vers des projets à fort impact local, générateurs d’emplois durables et de transferts technologiques.
Des premiers résultats encourageants
Le bilan d’étape est significatif : en moins d’un an, 36 conventions ont été signées sous le nouveau régime, représentant des intentions d’investissement de 7 000 milliards de FCFA et plus de 3 000 emplois projetés. Des chiffres qui, selon l’API, témoignent d’une dynamique nouvelle, encore à consolider.
Sur le plan des innovations introduites, l’ordonnance rationalise les incitations fiscales et douanières en les concentrant sur les activités à fort effet d’entraînement économique. Elle simplifie les procédures d’instruction des dossiers et instaure une autorisation provisoire d’exploitation destinée à fluidifier le démarrage des projets. Elle prévoit également des incitations spécifiques pour les zones de développement prioritaire et, fait notable, étend l’éligibilité aux avantages du régime aux entreprises publiques et sociétés d’économie mixte, sous réserve du respect des critères sectoriels, financiers et procéduraux, avec dépôt obligatoire via le guichet unique.
Un bilan contrasté sous l’ancien régime
La réforme tire les leçons d’un écart substantiel entre les ambitions affichées et les réalisations effectives sous la loi de 2013. Sur la période allant d’avril 2013 à juillet 2025, 462 conventions avaient été signées pour environ 15 000 milliards de FCFA d’investissements annoncés. Or, sur un échantillon de 158 entreprises évaluées entre janvier 2014 et mars 2024, les investissements effectivement réalisés n’ont atteint que 1 900 milliards de FCFA sur les 2 744 milliards prévus, et 16 017 emplois créés contre 72 055 escomptés, soit un taux de réalisation inférieur à 25 % sur ce volet.
L’API pointe plusieurs facteurs explicatifs : dégradation de la solvabilité des entreprises entre 2019 et 2024, dépendance accrue à l’endettement, fonds de roulement fréquemment négatifs et liquidité en repli. À ces fragilités financières s’ajoutent des obstacles structurels persistants — lourdeurs administratives, dématérialisation insuffisante, accès limité au financement, contraintes énergétiques et difficultés de mise en conformité.
Trois impératifs pour les entreprises
Pour maximiser les bénéfices du nouveau cadre, l’API formule trois recommandations à l’intention des opérateurs privés : constituer des dossiers financiers solides et vérifiables dès la phase de candidature ; intégrer en amont des plans de recrutement local et de transfert de technologie ; et adopter sans délai la dématérialisation documentaire afin d’accélérer le traitement par le guichet unique.
L’exercice de sensibilisation, lancé à Yaoundé, a vocation à être décliné dans l’ensemble des régions du pays. Douala, capitale économique et principal pôle d’affaires du Cameroun, devrait constituer la prochaine étape de cette tournée nationale.

